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L’Union européenne définit sa nouvelle stratégie de sécurité intérieure

Jean-Pierre Stroobants, le Monde

vendredi 26 février 2010, sélectionné par Spyworld

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Le Conseil des ministres européens de l’intérieur, réuni à Bruxelles jeudi 25 février, a adopté un document fixant la nouvelle stratégie de sécurité intérieure (ISS) de l’Union. Très général, appelé à être complété par des mesures pratiques et par la création d’un fonds financier, ce catalogue énumère les périls : terrorisme, cybercriminalité, trafic de drogue, d’armes, d’êtres humains. Toutes, dit-il, évoluent très vite et "menacent les valeurs et la prospérité de nos sociétés ouvertes".

L’Europe, soulignent les conclusions, doit se coordonner davantage et mettre en place de nouveaux outils pour contrer ces nouvelles formes de criminalité. En définissant "un nouveau modèle" qui s’adressera aux causes de l’insécurité "et pas seulement à ses effets", expliquera la politique de sécurité aux citoyens et respectera les droits fondamentaux et les libertés.

En s’appuyant sur cette affirmation, Amnesty International a écrit à la présidence espagnole de l’Union pour lui suggérer d’inscrire dans cette discussion la question, non résolue, de l’implication éventuelle d’Etats des Vingt-Sept dans les opérations secrètes de la CIA, les services secrets américains, en Europe, au nom de la lutte antiterroriste. L’organisation non gouvernementale invite à la relance des enquêtes sur la participation présumée de plusieurs pays à ces pratiques, dénoncées par le Parlement européen en 2007 et 2009. Elles ont consisté en des enlèvements, des détentions secrètes et, dans certains cas, en des transferts de détenus vers des pays tiers, où ils ont parfois été soumis à la torture, livrant des informations transmises ensuite à des services européens.

Renégocier "Swift"

La Lituanie, la Pologne et la Roumanie auraient abrité des lieux secrets de détention, comme l’ont parfois démontré des enquêtes menées dans ces Etats. L’Italie nie toute participation officielle, mais des membres de ses services secrets auraient été impliqués. L’Allemagne et le Royaume-Uni auraient sciemment utilisé des informations obtenues illégalement.

"L’Europe ne peut se contenter de paroles sur les valeurs et les principes. Elle doit mettre les droits humains sur le même plan que la sécurité et la coopération dans le domaine du renseignement", relève Nicolas Beger, directeur de bureau européen d’Amnesty. En janvier, un nouveau rapport du Conseil des droits de l’homme des Nations unies - qui sera débattu en mars, malgré les objections de certains pays tiers - a évoqué l’implication de cinq pays européens au moins dans des pratiques illégales après les attentats du 11 septembre 2001. "A quelques rares exceptions, peu a été fait pour enquêter sur les allégations de complicité", notait le rapport de l’ONU.

Amnesty demande la tenue d’une réunion pour évaluer l’état des investigations . Jeudi, les ministres ont évité le sujet. Certaines capitales soulignent que la priorité est à la reprise du dialogue avec Washington sur la possibilité de négocier un nouvel accord sur les échanges de données bancaires. Les Etats-Unis n’ont pas encore pris position après la dénonciation de l’accord dit "Swift", rejeté il y a deux semaines par le Parlement européen.


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