mercredi 18 octobre 2017

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Paris tente de rassurer ses alliés inquiets de la vente du Mistral aux Russes

Piotr Smolar, le Monde

samedi 27 février 2010, sélectionné par Spyworld

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À quelques jours de la visite du président russe, Dmitri Medvedev, attendu lundi 1er mars à Paris, la diplomatie française s’active pour rassurer ses alliés sur un sujet sensible : la possible vente d’un bâtiment de projection et de commandement (BPC) de type Mistral à la Russie. Dans ce but, le secrétaire d’Etat aux affaires européennes, Pierre Lellouche, a effectué en fin de semaine une tournée de trois jours dans les pays baltes (Lituanie, Lettonie et Estonie), avec un crochet par l’Ukraine.

La contestation a monté dans les pays de la région depuis le 8 février. Ce jour-là, à Paris, la Direction générale de l’armement (DGA) du ministère de la défense a confirmé l’intérêt de la Russie pour quatre BPC. Ex-républiques soviétiques, l’Estonie et la Lituanie ont exprimé leur inquiétude, partagée par la Pologne et la Géorgie. D’autant que la nouvelle doctrine militaire russe, signée le 5 février par M. Medvedev, place l’OTAN en tête des dangers extérieurs.

lnterrogée par Le Monde, la ministre de la défense de la Lituanie, Rasa Jukneviciene, estime que la vente du Mistral ne constituerait pas un "danger direct" pour la sécurité de son pays ou celle de ses alliés de l’Union européenne (UE) et de l’OTAN. "Cependant, écrit-elle, la nouvelle doctrine militaire de la Russie désigne l’élargissement de l’OTAN et d’autres activités (de l’Alliance) comme principale menace militaire extérieure pour la Russie. Et, en ayant à l’esprit le caractère imprévisible de la politique russe, on ne peut exclure que cet équipement militaire soit utilisé à des fins illégitimes, en contradiction avec nos valeurs et nos principes."

Conscient de ces réserves, M. Lellouche a adressé deux messages aux capitales baltes : le bâtiment proposé n’a aucun équipement militaire ; cette négociation s’inscrit dans une révision nécessaire des relations avec la Russie, que Paris et Berlin défendent ardemment. "Je suis venu répondre à une demande légitime d’explications, affirme Pierre Lellouche au Monde. Nous n’avons rien à cacher. Notre démarche est d’abord politique. Si nous voulons tourner la page de la guerre froide, on ne peut placer la Russie sous embargo, tout en prétendant la traiter en amie et en partenaire. Les intérêts stratégiques communs l’emportent sur les divergences d’hier."

Selon M.Lellouche, les "négociations techniques n’ont pas commencé pour l’instant" sur le Mistral. Le 17 février, le chef d’état-major général des forces armées russes, Nikolaï Makarov, a précisé que Moscou n’avait pas encore pris de décision sur un achat. Mais le renforcement potentiel des capacités militaires russes inquiète particulièrement la Géorgie. Le président Mikheïl Saakachvili l’a expliqué à Londres, le 19 février.

Selon lui, la vente du Mistral créerait un précédent, et ouvrirait la voie à d’autres contrats militaires entre la France et la Russie. Le 16 février, le quotidien Kommersant affirmait que le ministère de l’intérieur russe négociait avec la société française Panhard General Defense pour l’achat de véhicules blindés légers. Selon M.Saakachvili, si le Kremlin "obtient des tanks, des navires et des missiles - une technologie que, je crois, ils envisagent aussi d’acheter -, nous entrerons dans une zone très risquée."

Côté français, on lie la vente possible du Mistral aux discussions sur la sécurité collective en Europe. Le reformatage des relations avec la Russie, souhaité par l’administration Obama, devrait aussi concerner l’UE. En outre, on souligne une "contradiction" chez certains pourfendeurs des négociations sur le Mistral, qui voudraient aussi dénucléariser le continent européen.

Dans une tribune publiée début février dans le New York Times, le ministre des affaires étrangères polonais, Radoslaw Sikorski, et son homologue suédois, Carl Bildt, appelaient les Etats-Unis et la Russie à "réduire fortement le nombre d’armes nucléaires dites tactiques" en Europe et dans sa périphérie orientale, tout en souhaitant leur "élimination totale" à terme. "Il faut savoir : la Russie est-elle une menace ou un partenaire ?", dit un diplomate français.

Paris s’interroge aussi sur le déploiement du bouclier antimissile américain en Europe et le manque de concertation à ce sujet, entre Washington et ses alliés. "La défense antimissile ne peut se concevoir sans les Russes", explique Pierre Lellouche. Le premier ministre bulgare, Boiko Borissov, a causé la surprise le 12 février, en annonçant que son pays était prêt à discuter avec Washington pour participer au bouclier, à condition que l’UE soit d’accord. Dans la foulée, Moscou a exigé des explications de Sofia. Dix jours plus tôt, le président roumain, Traïan Basescu, avait affirmé que son pays était prêt à accueillir des missiles SM 3 américains.


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