mardi 17 octobre 2017

Accueil du site > Renseignement > France > Comment les RG débusquent l’islamisme radical

Comment les RG débusquent l’islamisme radical

Jean Chichizola, Le Figaro

mercredi 12 janvier 2005, sélectionné par Spyworld

En 2004, les renseignements généraux de la préfecture de police de Paris ont porté un rude coup à l’islamisme radical. Au lendemain des attentats de Madrid du 11 mars dernier, le ministre de l’Intérieur, Dominique de Villepin, avait souhaité intensifier la lutte contre les structures logistiques et idéologiques des réseaux terroristes. Un projet immédiatement lancé en Ile-de-France et dont LeFigaro présente les résultats. Si la neutralisation des poseurs de bombe reste leur priorité, les services de police s’en prennent aussi aux commerçants, qui fournissent abri et argent aux radicaux, et aux imams qui endoctrinent les futurs combattants du djihad.

Si certains commerces de Madrid tenus par des islamistes notoires, comme Djamel Zougam, l’un des principaux suspects, avaient fait l’objet d’une surveillance étroite, le pire aurait peut-être été évité. Les projets des terroristes auraient au moins été retardés ou perturbés. » La réflexion émane de l’un des meilleurs connaisseurs de l’islamisme radical en région parisienne. Et c’est elle qui explique le dispositif mis en place l’an dernier par les services antiterroristes. « Dès la fin des années 90, remarque un policier, nous avons cherché les moyens de déstabiliser la mouvance islamiste. Nous sentions bien qu’arrêter des commandos revenait à couper des branches en laissant les racines intactes. Depuis le printemps 2004, nous avons systématisé les actions que nous menions auparavant : contrôles, expulsions, surveillance des prêches. »

Bien rodée à Paris intra muros, la méthode s’étend désormais aux autres départements de l’Ile-de-France. L’objectif est double : mieux connaître les commerces gérés ou fréquentés par des islamistes radicaux et, parallèlement, intimider ou sanctionner les islamistes qui prêchent la violence.

En 2004, près de quatre-vingt-dix opérations de contrôle ont été menées (voir tableau ci-contre). Les policiers peuvent vérifier les identités des occupants des lieux, déceler l’éventuelle présence de clandestins et découvrir d’autres violations de la législation (viande avariée dans le cas des boucheries halal, système de sécurité incendie défectueux et autres dysfonctionnements). Toutes mesures - policières ou administratives - destinées à faire passer un message aux propriétaires. Ainsi, un bar du XIe arrondissement, proche d’une mosquée, abritait les réunions d’islamistes connus des services de police. Ces ultras quittaient ensuite l’établissement pour la mosquée voisine. « Ils expliquaient aux jeunes fidèles que l’imam leur mentait explique un policier, qu’il ne parlait jamais de l’Irak ou de la Palestine. Tout cela dans le but de prendre le contrôle idéologique et financier du lieu. » Une descente de police opportune a suffi pour neutraliser le stratagème des « barbus ».

De l’endoctrinement des jeunes Français du quartier de La Villette partis mourir en Irak à l’idéologue « Mohamed l’Egyptien », inspirateur présumé des attentats de Madrid, on retrouve chaque fois la trace des prédicateurs dans les dossiers terroristes. Six imams ont été inquiétés en 2004 pour leurs prêches qui appelaient à la haine antisémite, au djihad ou à la détestation de l’Occident. Deux imams, l’un d’une mosquée parisienne et l’autre du Val-de-Marne, ont été convoqués à la brigade criminelle en compagnie des gestionnaires des établissements visés. Dans les deux cas, le message est passé : les prédicateurs ont été chassés par les responsables des lieux de culte.

Quand les injonctions policières ne sont pas entendues, les prêcheurs sont expulsés ou assignés à résidence. Deux imams turcs ont ainsi dû quitter le territoire en 2004 : ils appartenaient à un mouvement classé comme terroriste par les autorités allemandes et dont plusieurs membres de cette mouvance avaient été interpellés outre-Rhin.


Envoyer : Newsletter Imprimer : Imprimer Format PDF : Enregistrer au format PDF PartagerPartager :