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Pôles d’excellence : une stratégie pour l’intelligence économique

Mourad Oubrich*, le Matin

mardi 27 décembre 2005, sélectionné par Spyworld

Plus que jamais, l’intelligence économique fonde sa réussite sur la participation active de l’ensemble des compétences de différentes régions de notre pays pour soutenir et accompagner les PME/PMI dans les actions qui sont générées par une connaissance plus précise de l’environnement.

Fermeture et délocalisation de certaines entreprises, des plans de licenciement, augmentation des prix du pétrole... la liste est non exhaustive des événements qui perturbent l’ordre économique international et affectent la croissance de nos entreprises. Les tendances et les enjeux stratégiques, auxquels nos entreprises doivent faire face, émanent avant tout de la complexité de cet environnement qui se manifeste dans l’incertitude et l’ambiguïté. Dans cette perspective, le défi de nos dirigeants consiste à être en mesure de cerner et d’appréhender cette complexité, dans le but de mieux la gérer par la suite. L’un des leviers permettant de gérer cette complexité est l’intelligence économique.

Si l’on en parle beaucoup depuis le début des années 90, la notion d’intelligence économique s’est concrétisée en France par le rapport du Commissariat Général au Plan en 1994 qui en a décrit les objectifs et les étapes de base : ensemble des actions coordonnées de recherche, de traitement, de distribution et de protection de l’information utile aux acteurs économiques, obtenue légalement. Il s’agit de coordonner plusieurs actions ou fonctions propres à l’entreprise mais souvent isolées, avec pour objectif l’aide à la décision. Dérivé du terme américain Competitive Intelligence, l’expression française a perdu la connotation de renseignement pour aller vers celle de l’utilisation intelligente de l’information pour la stratégie.

La capacité à comprendre son environnement et à anticiper les changements constitue, sans doute plus qu’il y a quelques décennies, le facteur de compétitivité et de la croissance des entreprises. Cette nouvelle approche de la compétition économique nécessite de gérer la connaissance de façon globale. L’intelligence économique s’inscrit dans la perspective d’un nouveau mode de management basé sur la gestion optimale de l’information.

L’insertion des économies émergentes dans l’économie mondiale n’est pas facile. Pourtant, cela doit et peut se faire grâce au soutien des entreprises et de l’ensemble du tissu industriel. Ce processus d’insertion ne pourra s’accomplir qu’à la condition que l’économie marocaine se mette en position de mettre en œuvre, de manière maîtrisée, les choix stratégiques appropriés à ses contraintes économiques, et à son identité socioculturelle. Les entreprises marocaines sont donc contraintes par l’environnement économique mondial actuel à s’investir dans une culture d’intelligence économique.

En novembre 2004, les Rencontres Internationales de Tétouan qui ont été organisées sur le thème « Intelligence économique et veille stratégique : défis et stratégies pour les économies émergentes » ont permis d’ouvrir le débat sur le rôle de l’intelligence économique comme levier de compétitivité dans les économies émergentes.

Par ailleurs, le Professeur Rachid Benmokhtar, recteur de l’Université Al Akhawayne, a traité dans son intervention le rôle des pôles d’excellence dans une économie ouverte. Cette intervention a apporté une contribution opérationnelle en matière d’intelligence économique. Et à l’occasion de ces rencontres, une réunion nationale du réseau R&D Maroc a été organisée et auquel était invitée l’AFDIE et l’ANVAR afin de mentionner l’importance de l’intelligence économique pour le développement du pays. Enfin, la Confédération Générale des Entreprises du Maroc (CGEM) a traité dans son tout dernier bulletin d’information du mois Juin 2005 ’’l’intelligence économique’’.

Le développement des pôles d’excellence ne peut que constituer une valeur ajoutée pour nos entreprises dans la mesure où ils vont offrir les compétences nécessaires et les rendre par conséquent compétitives à l’échelle internationale. Cette dimension de l’intelligence économique est symbolisée par le passage d’une économie dite traditionnelle à une économie dite de la connaissance. L’économie de la connaissance est issue de la prise du rôle de la compétence pour la croissance de l’économie.

L’économie de la connaissance est devenue un enjeu majeur qui regroupe à la fois les acteurs industriels et les pouvoirs publics. L’expérience qui a été menée par Driss Alaoui Mdaghri, Professeur à l’ISCAE, et qui concerne la création d’un centre de compétence au Maroc lié à l’économie du savoir avec l’Université de Lecce au sud de l’Italie, qui s’appelle e-BMS « e-Business Management School », peut être considérée comme un premier pôle d’excellence.

Ce pôle est appelé Medil.Net. Le second pôle d’excellence initié par le Professeur est la création d’un observatoire de veille et d’études du Grand Casablanca, qui se veut une véritable entité dédiée à l’intelligence économique et destinée à éclairer les décisions des acteurs locaux sur des questions d’intérêt primordial pour la région.

Pour que l’intelligence économique devienne un levier de compétitivité pour nos entreprises, elle devrait être une vraie et une grande politique publique de l’Etat à l’instar de ce que sont les politiques de santé, d’environnement ou de fiscalité. Que cette politique soit nationale, décentralisée ou internationale, elle ne pourra s’épargner un effort de formation et d’information calibré à cette ambition et adapté à une certitude : l’intelligence économique est un patriotisme économique.

•Docteur en Sciences de Gestion, Expert international en intelligence économique et Professeur, Université d’Ottawa (Canada)


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