lundi 23 octobre 2017

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Ravitailleur américain : EADS jette l’éponge

Jean Guisnel, Le Point.fr

mardi 9 mars 2010, sélectionné par Spyworld

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Après avoir menacé à plusieurs reprises d’agir de la sorte, Northrop et EADS ont annoncé hier soir le retrait définitif de leur offre pour la compétition KC-X ouverte par l’US Air Force en vue de remplacer 179 avions ravitailleurs KC-135 Stratotanker, sur les 502 exemplaires dont elle dispose. Le groupe européen, associé à Northrop-Grumman, proposait une version légèrement modifiée de son Airbus A330, le MRTT (Multi-Role Tanker Transport) , rebaptisé KC-45.

La voie est donc ouverte pour l’avionneur concurrent Boeing, qui proposait initialement deux appareils : une version modifiée de son B777, le KC-777, plus gros que l’Airbus, et un second appareil, le KC-767, version militaire du B767, plus petite cette fois que la proposition européenne. C’est finalement cette option que Boeing a proposée la semaine dernière, avant de déposer officiellement son offre le 10 mai prochain.

Aux yeux d’EADS et de Northrop-Grumman, la nouvelle rédaction de l’appel d’offres privilégie un avion plus petit que le KC-45, et, de ce fait, la compétition est délibérément faussée en faveur du B767. Le Pentagone est même accusé, selon le communiqué diffusé dans la soirée d’hier, d’"ignorer les capacités opérationnelles renforcées qui seraient offertes" par l’Airbus. Pour Thomas Enders, patron d’Airbus, qui s’en est ouvert au Financial Times Deutschland , "contrairement au premier appel d’offres, que nous avions clairement gagné il y a deux ans, l’appel d’offres en cours est biaisé en faveur de l’avion plus petit et moins performant de la concurrence". Il ronchonne en arguant que les Américains préfèrent choisir un mauvais avion, produit par leur emblématique avionneur national : "Il ne s’agit plus ici (de la recherche) du meilleur avion, et (il ne s’agit pas non plus) de concurrence loyale."

Airbus et Northrop, pas exempts de critiques

Ce feuilleton dure depuis 1996 et trouve sa source dans la nécessité pour l’US Air Force de renforcer sa capacité de ravitaillement en la modernisant, comme en atteste un (gros) document du General Accounting Office . La procédure d’acquisition qui s’en est suivie avait été marquée par une première victoire de Boeing, qui devait vendre 80 B767 et en louer 20 autres à l’US Air Force . Mais, en avril 2004, un scandale majeur éclate : Darleen Druyun, négociatrice du Pentagone, est prise la main dans la confiture : en même temps qu’elle procédait aux discussions sur ce contrat de 23 milliards de dollars, elle négociait sa propre embauche chez Boeing ! Résultat : annulation du contrat.

Il est finalement relancé par le Pentagone, et le marché est gagné en 2008 par Airbus et Northrop-Grumman. Mais les surpuissants lobbyistes de Boeing parviennent à le faire annuler par le Congrès et emportent la décision d’une nouvelle compétition, qui se déroulait, depuis cette période, dans une ambiance empoisonnée, à laquelle "le team Airbus" met fin en jetant l’éponge.

À Boeing, qui fait valoir depuis le début que son offre est celle d’un avion "conçu et construit par des Américains", EADS rétorque que le groupe apporte chaque année 11 milliards de dollars à l’économie américaine, en contribuant à 200.000 emplois qualifiés. Les regrets les plus vifs sur l’abandon de la compétition par Northorp et EADS ont d’ailleurs été exprimés par le sénateur de l’Alabama Richard Shelby : les fabricants de l’Airbus devaient installer l’usine d’assemblage dans sa circonscription, et il voit 1.500 emplois directs s’envoler ! Furax, il fustige sur son site une compétition " conçue pour déboucher sur le meilleur résultat pour Boeing ".

Pour Northrop, Boeing a tort de faire valoir le prix moins élevé de son offre, et rappelle qu’un accord avait été conclu pour un prix de départ d’usine de 184 millions de dollars par avion pour les 68 premiers ravitailleurs livrés. : "Avec la décision d’acheter un appareil bien plus petit et moins performant, le contribuable doit certainement attendre une facture bien inférieure", persifle l’avionneur.

Dans cette affaire, Airbus et Northrop ne sont sans doute pas exempts de critiques. Ils pourraient notamment avoir négligé de proposer un appareil mieux adapté à l’appel d’offres, et les experts américains eux-mêmes estiment que l’Airbus A310 MRTT (acquis par l’armée de l’air canadienne et par la Luftwaffe allemande) aurait sans doute été plus adapté aux demandes du client. Mais la chaîne de production a été fermée en juillet 2007, choix que contestait dès cette époque Christopher Bolkom, analyste au centre de documentation du Congrès américain . Il estimait alors : "Airbus aurait pu faire en sorte de maintenir la ligne de production ouverte."


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