mardi 24 octobre 2017

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Paris-Londres : le casse-tête d’une défense commune

Isabelle Lasserre, le Figaro

samedi 20 mars 2010, sélectionné par Spyworld

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La France n’envisage pas de renoncer à une dissuasion indépendante.

Lorsque, en février 2009, LeTriomphant français et le Vanguard britannique, deux sous-marins nucléaires lanceurs d’engins (SNLE), se sont percutés dans l’Atlantique, Londres et Paris ont d’abord eu du mal à le croire, tant l’événement paraissait invraisemblable ! Ce risque serait évité si la France et la Grande-Bretagne, les deux puissances nucléaires d’Europe, mettaient leur dissuasion en commun. Or, selon le quotidien britannique The Guardian du 19 mars, Paris aurait proposé à Londres de créer une dissuasion nucléaire conjointe en partageant leurs sous-marins.

À l’Élysée comme au ministère de la Défense, on dément. La question « n’a jamais été discutée dans ces termes-là » et « aucun des deux pays ne songe à renoncer à l’indépendance de sa dissuasion ». Interrogé vendredi sur le sujet, le premier ministre Gordon Brown a fourni la même réponse.

Outil suprême de la souveraineté nationale, fierté et prestige d’une nation, la dissuasion nucléaire ne se partage pas comme ça. Surtout entre deux pays qui n’ont pas forcément les mêmes intérêts stratégiques, ne partagent pas toutes leurs décisions de politique étrangère, comme la crise irakienne l’a montré en 2003, et ne manifestent pas le même enthousiasme à construire la défense européenne ! Le voudraient-ils, les deux États se verraient freinés par les différences qui séparent leurs dissuasions. La Britannique est en partie dépendante des États-Unis, qui lui fournissent les missiles, alors que la Française est totalement autonome. La flotte britannique n’a pas encore été renouvelée, la Française vient de l’être.

Évolutions géopolitiques

« Le jour où nous aurons une autorité politique élue et commune pour les deux pays, la question pourra peut-être se poser. Mais pas avant. Il reste des tas de choses à faire avec les Britanniques avant de s’attaquer à la dissuasion nucléaire, qui est le sujet le plus difficile et le plus sensible. Imaginez, nous ne sommes même pas capables de faire des porte-avions ensembles ! », commente un officier familier du dossier.

Reste que le contexte économique joue en faveur d’un rapprochement des défenses françaises et britanniques. Affectées par la crise, la France et la Grande-Bretagne ont des contraintes budgétaires qui pèsent lourdement sur la défense. Le débat est particulièrement vif à Londres, où le premier ministre Gordon Brown a proposé en septembre de réduire de quatre à trois la flotte de sous-marins nucléaires. Pour faire des économies, mais aussi pour soutenir la politique de désarmement nucléaire d’Obama. Ce faisant, la Grande-Bretagne perdrait le principe essentiel de permanence à la mer, qui constitue l’épine dorsale de sa dissuasion depuis quarante et un ans, puisqu’il faut toujours deux sous-marins en réparation et un en préparation pour un dans l’eau.

Les politiques de défense sont aussi influencées par les évolutions géopolitiques. Partenaire stratégique de la Grande-Bretagne, les États-Unis, depuis l’arrivée d’Obama à la Maison-Blanche, s’éloignent peu à peu de l’Europe. Le retour de la France dans l’Otan a, en revanche, rendu la coopération entre Paris et Londres plus fluide. La Grande-Bretagne a souvent mis des freins à la défense européenne, que la France s’évertue à tirer comme une locomotive. « Mais aujourd’hui, tout le monde s’accorde à dire qu’il y a une fenêtre d’opportunité après les élections britanniques pour reprendre la coopération », confirme un officier français. L’idée générale est la même à Londres et à Paris : faire baisser les coûts, éviter les duplications, favoriser des rapprochements dans le domaine des armes et des équipements.

Un jour peut-être, la France et la Grande-Bretagne, qui en matière de défense auront de plus en plus de mal à tenir leur rang de puissance, rapprocheront leurs dissuasions. Mais l’eau a le temps de faire des vagues dans la Manche.


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