samedi 21 octobre 2017

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Paris et Londres explorent une relance de leur coopération militaire

Natalie Nougayrède, le Monde

lundi 22 mars 2010, sélectionné par Spyworld

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Un nouveau débat agite les milieux de la défense français et britanniques : comment ressusciter l’esprit de l’accord de Saint-Malo de 1998 où le premier ministre Tony Blair et le président Jacques Chirac avaient jeté les fondements de l’Europe de la défense ? L’idée est d’accroître la coopération bilatérale sur les affaires militaires, y compris les questions liées à la dissuasion nucléaire.

Londres constate ses énormes problèmes budgétaires pour maintenir un arsenal confronté à une modernisation indispensable. Paris, de son côté, semble faire un double calcul : les circonstances paraissent propices pour tenter d’arrimer les Britanniques à une vision commune renforçant le poids de l’Europe (au moment où les Etats-Unis prêtent moins d’attention au Vieux Continent pour se concentrer sur les foyers de crise allant du Moyen-Orient à l’Asie).

D’autre part, l’unité est recherchée avec les Britanniques dans le débat sur le désarmement nucléaire mondial, objectif brandi par Barack Obama, mais qui laisse les Français dubitatifs. Attachée à sa force de frappe et soucieuse de défendre sa vision stricte des problèmes de prolifération, la France veut éviter d’apparaître isolée, alors qu’approche la conférence d’examen du traité de non-prolifération (TNP), prévue en mai.

Peu d’experts s’attendent à une percée franco-britannique avant que soit levée l’incertitude politique Outre-Manche, à quelques semaines des élections générales britanniques. Mais des jalons semblent discrètement posés pour préparer l’avenir.

Le premier ministre britannique, Gordon Brown, en a fait état vendredi 19 mars devant la presse, en commentant les résultats de sa rencontre avec Nicolas Sarkozy à Londres, le 12 mars. "Nous sommes convenus d’un niveau de coopération qui est, je pense, plus important que ce que nous avions auparavant", a-t-il annoncé. Avant de prendre le soin de préciser : "Mais nous allons conserver, tout comme la France, l’indépendance de notre pouvoir de dissuasion nucléaire."

Quel peut être ce niveau "plus important" de coopération ? Les tentatives n’ont pas manqué, par le passé, pour rapprocher, y compris au plan nucléaire, la France et le Royaume-Uni, poids lourds militaires de l’Europe. Les résultats n’ont pas toujours été très probants, y compris pendant la présidence française du Conseil européen, en 2008.

Le contexte a-t-il fondamentalement changé ? La France est revenue en 2009 dans les structures militaires intégrées de l’OTAN, coupant court aux soupçons de ceux qui l’accusaient de vouloir construire l’Europe de la défense au détriment de l’Alliance atlantique. De son côté, le Royaume-Uni semble avoir pris note du moindre intérêt manifesté par l’administration Obama pour la "relation spéciale" héritée du XXe siècle.

Surtout, Londres est étranglé par des problèmes financiers. Nul ne sait comment les Britanniques trouveront les 20 milliards de livres nécessaires, d’ici à 2024, pour remplacer une force de frappe constituée de missiles Trident à bord de sous-marins.

Les Britanniques "ont un problème de maintien de leur dissuasion", observe-t-on de source gouvernementale à Paris, en relevant la décision de Gordon Brown, en septembre 2009, de réduire de quatre à trois le nombre de ses sous-marins nucléaires. Cela a soulevé le problème de la "permanence en mer", un des fondements de la dissuasion.

Français et Britanniques ont discrètement ouvert des discussions sur les modalités d’un partage de patrouilles. Une idée qui avait déjà été évoquée au lendemain de la collision en février 2009 dans la Manche de deux sous-marins nucléaires lanceurs d’engins, britannique et français. L’affaire se traite entre l’Elysée et Downing Street, avec la plus grande discrétion.

Dans un document en forme de ballon d’essai, le "green paper" publié le 3 février, le ministère britannique de la défense propose d’explorer une mutualisation des capacités de défense avec la France. La presse britannique parle d’une nouvelle "Entente cordiale " qui se profilerait.

Paris semble attendre une occasion propice. L’attaché militaire français à Londres est un ancien responsable des questions nucléaires à l’Elysée. Pour autant, un article récent publié dans le Guardian, évoquant un scénario de "dissuasion nucléaire commune", est démenti côté français.

Evoquer des missions communes soulèverait la question du degré de dépendance britannique vis-à-vis des Etats-Unis. La marge de manoeuvre de Londres est étroite. C’est l’héritage des accords de Nassau de 1962, où le Royaume-Uni avait renoncé à une force de dissuasion autonome.

Le contexte politique britannique joue beaucoup. Les Français décèlent, du côté des conservateurs britanniques, des personnalités comme Liam Fox, ouvertes à l’idée d’une relance de la coopération bilatérale sur les questions militaires. Un tremplin pour plus d’Europe de la défense ? Des schémas "à la carte" sont explorés. Le "triangle de Weimar" réunissant la France, l’Allemagne et la Pologne a récemment été relancé.

En attendant, Paris espère désamorcer la tentation qui pourrait exister outre-Manche de glisser vers une érosion du dogme de la dissuasion, du moins de se montrer sensible à un courant de l’opinion britannique qui critique les dépenses gigantesques liées au maintien de l’arsenal nucléaire.


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