lundi 23 octobre 2017

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Le retour de la défense antimissile

Pierre Rousselin, le Figaro

lundi 29 mars 2010, sélectionné par Spyworld

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Le secrétaire général de l’Otan invite les Européens et les Russes à se joindre au nouveau projet de bouclier.

Avant même que soit signé l’accord entre Washington et Moscou sur le désarmement nucléaire, la défense antimissile revient au cœur du débat stratégique.

Le secrétaire général de l’Otan, Anders Fogh Rasmussen, a profité du Brussels Forum, qui se réunissait ce week-end, pour appeler la Russie et l’Europe à se joindre au nouveau projet de bouclier antimissile préconisé par le président Barack Obama, en adoptant ainsi « un toit sécuritaire commun ».

L’idée est séduisante et vise à se prémunir contre la menace représentée par les missiles iraniens, qui pourraient un jour être munis d’ogives nucléaires. Elle n’est pas nouvelle et a suscité bien des polémiques du temps où George W.Bush voulait installer le système en Pologne et en République tchèque. Obama a considérablement modifié le projet initial en septembre pour tenir compte des très vives objections russes. En se servant de nouvelles technologies, il s’agit maintenant, dans un premier temps, d’utiliser des intercepteurs embarqués sur des navires, puis, dans un second temps, de le compléter avec des systèmes basés en Roumanie et, ultérieurement, en Pologne.

Rasmussen a présenté une éventuelle participation russe comme le meilleur moyen de construire « une architecture vraiment nouvelle pour la sécurité euroatlantique ». C’est une façon de tester Moscou après les propositions du président Dmitri Medvedev d’élaborer, justement, un nouveau système de sécurité « deVancouver à Vladivostock ».

Tigres de papier

Le secrétaire général de l’Otan a invité les Européens à adopter le projet lors du sommet de l’Alliance à Lisbonne en novembre, faute de quoi ils auraient l’air de « tigres de papier ».

Le coût de l’opération, évalué à plus de 20milliards de dollars, constitue un premier obstacle au moment où la crise ­impose des restrictions budgétaires. La Russie n’est pas aussi négative que du temps de George W.Bush. Un représentant de Moscou a toutefois relevé que son pays devrait obtenir des garanties pour sa propre dissuasion sous la forme d’un nouvel accord ABM (antimissile balistique), remplaçant celui dont les États-Unis se sont dégagés du temps de Bush.

Il s’agit d’une objection qui pourrait bien être celle de la France, soucieuse également de maintenir sa dissuasion, alors qu’Obama ne va pas manquer, le 8avril, lors de la signature à Prague du nouvel accord Start, de renouveler sa vision d’un monde débarrassé des armes nucléaires, vision qu’il avait présentée il y a juste un an dans la capitale tchèque. Après la réduction sensible des arsenaux américain et russe, le lancement du bouclier antimissile va dans le sens d’une érosion de la dissuasion nucléaire.

Plus sophistiqué et plus flexible que celui de Bush, le projet actuel peut, lui aussi, rassurer les pays d’Europe centrale, mais il soulève tout autant de questions diplomatiques et militaires, qui vont alimenter le débat stratégique au cours des prochaines années.


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