mardi 12 décembre 2017

Accueil du site > Terrorisme > France > Contre-la-montre pour libérer les journalistes otages en Irak

Contre-la-montre pour libérer les journalistes otages en Irak

Reuters

lundi 30 août 2004, sélectionné par Spyworld

logo

LE CAIRE-PARIS (Reuters) - La France s’est engagée lundi dans une course contre la montre pour tenter d’obtenir la libération des deux journalistes détenus en Irak, alors qu’approche l’expiration de l’ultimatum posé par leurs ravisseurs.

L’Armée islamique en Irak, qui a revendiqué l’enlèvement de Christian Chesnot et Georges Malbrunot, disparus le 20 août, a donné samedi 48 heures aux autorités françaises pour annuler la loi sur le port à l’école des signes religieux, dont le voile islamique. L’ultimatum devait théoriquement expirer lundi à 21h00.

Parti dimanche au Proche-Orient à la demande de Jacques Chirac, qui a solennellement demandé la libération des deux journalistes, le ministre des Affaires étrangères Michel Barnier a fait étape au Caire, en Egypte, où il a lancé un appel aux ravisseurs pour qu’ils relâchent les deux otages, "au nom des principes d’humanité et de respect de l’être humain qui sont au coeur même du message de l’Islam et de la pratique des musulmans".

"Leur enlèvement est incompréhensible pour tous ceux qui savent que la France, patrie des droits de l’homme, est une terre de tolérance et de respect de l’autre", a déclaré le chef de la diplomatie française.

"Tous les dialogues que je vais nouer, ici en Egypte et éventuellement dans d’autres capitales, sont destinés à expliquer cette réalité de la société française", a-t-il précisé.

Michel Barnier a rencontré son homologue égyptien Ahmed Aboul Gheït et le secrétaire général de la Ligue arabe, Amr Moussa. Ce dernier a exhorté les ravisseurs "à faire libérer le plus tôt possible les journalistes afin que la situation ne se complique pas encore".

Le ministre français était attendu mardi à Amman pour des entretiens avec les autorités jordaniennes, a-t-on appris au Quai d’Orsay.

MOBILISATION DANS LE MONDE ARABE

"L’objectif ultime, c’est d’essayer de provoquer, par tous les canaux, des prises de positions publiques en faveur de la libération des deux journalistes. De ce point de vue, la journée au Caire a été très productive. L’impact médiatique a été maximal", a-t-on indiqué de source diplomatique française.

Le secrétaire général du ministère français des Affaires étrangères, Hubert Colin de Verdière, est arrivé lundi matin à Bagdad afin de "coordonner sur place les contacts pris et les efforts déployés" par l’ambassade de France.

Le monde arabo-musulman s’est mobilisé en vue de la libération de Christian Chesnot, reporter pour Radio France Internationale (RFI), et Georges Malbrunot, grand reporter pour Le Figaro et Ouest-France.

La Ligue pour la défense des droits du peuple irakien affirme avoir réussi, par le biais de son association à Bagdad, à établir un contact avec les ravisseurs et avoir obtenu "un accord de principe" pour que leurs vies soient épargnées, "en raison de la position honorable du gouvernement et du peuple français envers l’Irak".

Des groupes sunnites et chiites, figures de proue de la lutte contre la présence américaine en Irak, ont également appelé à la libération des deux reporters.

RASSEMBLEMENT A PARIS

"La position de la France envers l’Irak est bonne. Nous sommes aussi contre l’enlèvement de tout journaliste. Nous exhortons les ravisseurs à les libérer immédiatement", a déclaré le cheikh Abdel Sattar Abdel Djabbar, un des responsables de l’Association des oulémas.

Des diplomates français ont rencontré lundi ce groupe, formé pour regrouper la minorité sunnite après le renversement de Saddam Hussein et qui est déjà intervenu pour faire libérer des journalistes enlevés en Irak après l’invasion américaine.

L’Armée islamique en Irak serait à l’origine de l’enlèvement du journaliste italien Enzo Baldoni, qui a été tué la semaine dernière ainsi que son chauffeur irakien.

La communauté musulmane de France a condamné unanimement l’enlèvement des deux journalistes.

Fouad Alaoui, secrétaire général de l’Union des organisations islamiques de France (UOIF), opposée à la loi sur la laïcité, a réaffirmé le rejet par l’UOIF de toute ingérence étrangère dans ce qu’elle considère comme une affaire strictement française.

Il a souligné lundi sur RTL qu’une loi votée devenait "la loi de la République" et a jugé que le seul débat qui pouvait avoir lieu devait porter sur "l’application de la loi" mais "pas sur la loi".

Le texte doit entrer en vigueur jeudi, à l’occasion de la rentrée scolaire.

Interrogé lundi matin sur Canal Plus, le ministre délégué à l’Intérieur et porte-parole du gouvernement, Jean-François Copé, a affirmé que la loi serait "appliquée comme prévu". Le ministre de l’Education, François Fillon, a déclaré pour sa part qu’il se montrerait "intraitable" sur son application.

Le Premier ministre, Jean-Pierre Raffarin, a réuni lundi matin à Matignon les dirigeants des principaux partis politiques, de la majorité et de l’opposition, en présence notamment des ministres Dominique de Villepin (Intérieur), Michèle Alliot-Marie (Défense) et Renaud Donnedieu de Vabres (Communication).

Plusieurs centaines de personnes se sont rassemblées lundi en fin d’après-midi sur le parvis des droits de l’homme, au Trocadéro, pour réclamer la libération des deux journalistes. Après avoir participé à un premier rassemblement devant le siège de Radio France, le ministre de la Communication Renaud Donnedieu de Vabres était venu exprimer sa "solidarité".

Au nombre des manifestants figuraient également le président de l’Assemblée nationale Jean-Louis Debré, le premier secrétaire du Parti socialiste, François Hollande, le président de l’UDF, François Bayrou, François Baroin pour l’UMP, et encore Marie-George Buffet pour le Parti communiste.


Envoyer : Newsletter Imprimer : Imprimer Format PDF : Enregistrer au format PDF PartagerPartager :