dimanche 17 décembre 2017

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Un sommet contre le terrorisme nucléaire

Laure Mandeville, le Figaro

lundi 12 avril 2010, sélectionné par Spyworld

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Barack Obama réunit 47 pays à Washington pour sécuriser la matière première des « bombes sales ».

Limousines et cortèges de haute sécurité transportant quelque 47 chefs d’État et de gouvernement vont sillonner Washington lundi et mardi, à l’occasion du sommet sur la sécurité nucléaire dont Barack Obama a pris l’initiative. Décidé à profiter de la dynamique créée par la signature, à Prague, d’un nouveau traité de désarmement avec la Russie -une première depuis 1991-, le président américain, en regain de forme depuis le passage de sa loi sur la santé, organise ce grand rassemblement pour mobiliser les énergies internationales contre le « terrorisme nucléaire ». L’idée de ce sommet est de définir des règles sévères en matière de sécurisation des matériaux nucléaires et de lutte contre la contrebande, afin d’éviter que des « bombes sales » ne tombent entre les mains d’organisations terroristes comme al-Qaida.

Ce scénario d’épouvante, qui ne s’est apparemment jamais produit malgré les temps de troubles qui ont suivi l’effondrement de l’URSS, reste une éventualité infime, selon nombre d’experts. Mais l’hypothèse est sérieusement envisagée par Washington. La posture nucléaire stratégique de l’Administration spécifie d’ailleurs que le terrorisme nucléaire et la prolifération des armes atomiques sont les deux grandes menaces de l’ère post-guerre froide. Les États-Unis craignent notamment la prolifération de matériel atomique à partir d’États comme la Corée du Nord ou le Pakistan, dont les services secrets sont soupçonnés de liens ambigus avec al-Qaida.

Le problème de la Russie

« Une bombe nucléaire de 10 kilotonnes à Times Square pourrait tuer un million de personnes », a averti vendredi la secrétaire d’État américaine Hillary Clinton. Dans le Journal du dimanche du 11 avril, l’ancien directeur de l’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA), Mohamed ElBaradei, lui donne raison. « On sait qu’il y a du matériel mal protégé dans certaines régions, notamment en ex-URSS. Nous ne pouvons pas attendre de voir une explosion nucléaire au milieu de Manhattan ou de Bombay pour réagir. »

Selon Michael Adler, spécialiste du nucléaire au Woodrow Wilson Institute, le délai de quatre ans qu’Obama voudrait voir inscrit dans le texte final du sommet paraît « peu réaliste », mais il vise à accélérer la prise de conscience. « Beaucoup de progrès ont été faits depuis 1989, notamment grâce à la course de vitesse engagée par les Américains pour sécuriser les matériaux nucléaires en ex-URSS, dit-il. Mais beaucoup de stocks de matériaux restent disséminés un peu partout. »

La chasse à l’uranium enrichi et au plutonium que propose Barack Obama suppose d’identifier les matériaux présents dans les réacteurs nucléaires civils, les sous-marins, l’uranium déjà utilisé par les centrales, ainsi que dans tous les stocks d’armes nucléaires, notamment tactiques. Le défi est particulièrement délicat dans l’immense Russie, État nucléaire et donc non tenu de communiquer sur l’emplacement de ses stocks auprès de l’AIEA, note Adler. Selon les experts, il existerait quelque 1 600 tonnes d’uranium hautement enrichi et 500 tonnes de plutonium disséminées à travers 50 à 60 États dans le monde, soit assez pour fabriquer 120 000 bombes nucléaires !

Il n’est pas étonnant, dans ce contexte, que le président américain reçoive en tête-à-tête le Kazakh Noursoultan Nazarbaïev et l’Ukrainien Viktor Ianoukovitch, qui ont beau jeu de présenter leurs pays comme des élèves modèles en matière de non-prolifération depuis que ces derniers ont renoncé à la bombe en 1991. D’autres rencontres bilatérales auront lieu durant le sommet, Obama souhaitant notamment s’entretenir avec le Chinois Hu, le Pakistanais Gilani, le Sud-Africain Zuma et l’Indien Singh.

Derrière l’événement de Washington se profile la « stratégie globale » du président américain pour avancer vers son lointain objectif d’un monde sans armes nucléaires.

New York en mai

Alors que les Occidentaux bataillent à l’ONU pour arracher des sanctions dures contre le programme nucléaire iranien, une importante conférence visant à renforcer le traité de non-prolifération nucléaire (TNP), prévue à New York en mai, est dans toutes les têtes. Il y a cinq ans, cette rencontre s’était terminée en déroute, les pays musulmans attaquant le programme atomique d’Israël et mettant en accusation les grands États nucléaires, censés réduire leurs arsenaux, selon l’article 6 du traité, en échange de l’engagement des pays non nucléaires à ne pas se doter de l’arme atomique.

Le grand pari d’Obama est de renforcer le TNP en montrant que Russie et États-Unis œuvrent à la réduction de leurs stocks. « Une vraie stratégie globale, qui marque un changement majeur par rapport au passé », note Michael Adler.


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