dimanche 22 octobre 2017

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La vente du Rafale au Brésil compromise par un accord entre Brasilia et Washington ?

Jean Guisnel, Le Point.fr

lundi 12 avril 2010, sélectionné par Spyworld

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Seuls les indécrottables optimistes verront dans cet événement mineur un effet du hasard : aujourd’hui même à Washington, le ministre brésilien de la Défense Nelson Jobim va signer avec son homologue américain Robert Gates un accord de défense entre leurs deux pays. Le communiqué diffusé par le Pentagone pour annoncer cet accord , le premier dans le domaine militaire entre les deux pays depuis 33 ans, n’évoque évidemment pas le contrat en suspens pour la fourniture de 36 avions de combat, mais seulement "un grand accord pour établir le cadre formel pour plus d’engagements de militaires à militaires, ainsi que des échanges, du partage d’information et une coopération pour le développement et la recherche liés à la défense". Pour ceux qui l’auraient oublié, c’est exactement de cette manière que les États-Unis ont gagné au Maroc un contrat contre Paris. Les Français avec Rafale le croyaient gagné d’avance ! Cette fois, le Rafale est opposé au Gripen du suédois Saab, qui a la préférence des aviateurs, et au F/A18 Super Hornet de Boeing. De fait, plusieurs indices inquiètent des industriels français concernés par la vente du Rafale au Brésil ; si ce contrat est signé, ce sont des dizaines de PME françaises de haute technologie qui vont relever la tête derrière les membres du GIE Rafale (Dassault, Thales, SNECMA). S’il ne l’est pas...

Le 1er avril, nous écrivions que la signature du contrat était possible dans un délai rapproché . C’est tout le moins ce que des sources françaises convergentes confiaient volontiers, car la fenêtre d’opportunité la permettant au président Lula da Silva était étroite, avant que l’avancée de la campagne électorale pour les prochaines présidentielles lui interdise de signer un grand contrat. Il aurait donc fallu que le Conseil de défense prenne une décision la semaine dernière au plus tard, afin que cette éventualité se concrétise. C’est fini. Aujourd’hui, on indique de source bien informée que ce fameux Conseil de défense ne se réunira pas avant la deuxième quinzaine du mois de mai, pour désigner ce qu’on appelle dans le jargon des contrats militaires le " preferred bidder ", c’est-à-dire le vainqueur de la compétition technique.

En roue libre

Selon l’accord stratégique conclu entre Nicolas Sarkozy et Lula da Silva en septembre dernier, confirmé par le ministre de la Défense Nelson Jobim, le Rafale a déjà gagné. Sans doute. Mais sur le papier, dans les faits, en conformité avec les règles de la démocratie brésilienne, rien n’est encore fait ! De bonne source, on indiquait en fin de semaine dernière au point.fr, que si le Conseil de défense confirmait le choix du Rafale, il serait possible de négocier ensuite le contrat commercial et de le signer, avant l’élection. Mais on admettait que ce contrat ne serait dans tous les cas qu’un "cadre" exigeant encore des mois de négociations avant une entrée en vigueur effective. Il est donc clair que le contrat définitif, assorti des avances financières associées à d’énormes prêts bancaires garantis par la COFACE pour le compte de l’État français, n’est pas pour demain. Et qu’il ne sera pas signé par Lula da Silva mais par le prochain président en exercice. Une autre source, elle aussi très au fait de l’état d’avancement du dossier, souligne qu’un tel contrat comporte des milliers de pages, et que dans le cas des sous-marins vendus au Brésil par la société française DCNS, plusieurs mois de négociations ont été nécessaires.

À Paris, au ministère de la Défense, on demeure très confiant. Mais, dans les milieux industriels, on se demande si la war room élyséenne, chargée du suivi de ce contrat, fait bien en ce moment tous les efforts nécessaires, alors que les Américains et les Suédois activent tous leurs réseaux, poussent leurs pions auprès de l’armée de l’air et des dirigeants brésiliens. La signature de l’accord de défense américano-brésilien n’est que la partie visible des efforts mis en oeuvre par Boeing et le Pentagone. À Paris, on feint de croire que la partie est gagnée, et on est maintenant en roue libre. Pas sûr que ce soit une attitude appropriée...


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