mercredi 13 décembre 2017

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Pologne : une armée en quête de chefs

Pierre Avril, le Figaro

mercredi 14 avril 2010, sélectionné par Spyworld

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Leur état-major décimé, les forces de défense sont saisies par la peur du vide.

Même en temps de guerre, jamais le commandement suprême de l’armée polonaise n’avait subi de telles pertes. Dans l’avion qui s’est écrasé à Smolensk, figuraient ses généraux les plus gradés ainsi que le chef du bureau de la Sécurité nationale, Aleksander Szcyglo. Les quatre principales structures militaires du pays - la marine, l’armée de l’air, l’armée de terre et les forces spéciales - sont privées de leurs chefs respectifs. Le chef d’état-major des armées, Franciszek Gagor, le chef des forces opérationnelles, Bronislaw Kwiatkowski, ont disparu dans la catastrophe.

Au siège du commandement de l’armée de terre, qui a perdu son général, Tadeusz Buk, l’émotion est vive : « La perte de cet homme exceptionnel, de ce grand commandant est ressentie chez nous de manière très douloureuse », témoigne le lieutenant-colonel Tomasz Szilejko, porte-parole du corps. Composé d’un état-major restreint, l’armée polonaise ne compte qu’une centaine d’officiers généraux, dont les sept plus importants ont disparu. Sur les huit généraux de corps d’armée du pays, n’en subsistent désormais que cinq.

Abandon de la conscription

Leurs adjoints directs ont formellement pris la relève, mais leur mission sera forcément temporaire. « La perte humaine et la perte de savoir sont considérables, nous faisons désormais face à un grand vide », confirme au Figaro l’ancien ministre de la Défense, Janusz Zemke, aujourd’hui député de gauche à la Diète. Le traumatisme est d’autant plus profond que l’armée polonaise, composée d’environ 100 000 hommes, était en pleine restructuration et restait ballottée par les crises. En août dernier, après avoir perdu un de ses officiers en Afghanistan, le chef de l’armée de terre, Waldemar Skrzypczak, avait démissionné, non sans rendre le ministère de la Défense responsable de l’état de sous-équipement de ses troupes. Le passage de la conscription à la professionnalisation, effectif depuis seulement le 1er janvier dernier, « sera inévitablement ralenti », pronostique un militaire.

Selon cette même source, « c’est la politique de défense qui risque d’être affaiblie », à l’articulation entre les forces armées et le pouvoir exécutif. À l’Otan, institution également en restructuration, la Pologne risque de subir une « perte d’influence momentanée ». Le général Tadeusz Buk qui, en 1999, avait hissé le drapeau polonais lors de la cérémonie d’adhésion à l’Alliance atlantique, a disparu dans le crash de Smolensk.

Après les funérailles prévues dimanche, le président par intérim, Bronilaw Komorowski, devra nommer les successeurs des généraux défunts. Ces derniers avaient pour mérite de plaire aussi bien à Lech Kaczynski (PIS) qu’au chef du gouvernement, le libéral Donald Tusk (Plate-forme civique). Avec la mort du président conservateur, Komorowski, allié du premier ministre, pourrait être tenté de placer des hommes à lui. Mais la nomination, mardi, comme nouveau chef de la Sécurité nationale, du général Stanislaw Koziej, au profil plutôt apolitique, laisse penser que l’exécutif privilégiera le consensus. Le remplacement des élites militaires prend aussi valeur de test politique.


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