samedi 21 octobre 2017

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La censure brouille les cartes sur Google Earth

Cyrille Vanlerberghe, le Figaro

lundi 2 janvier 2006, sélectionné par Spyworld

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La précision des images satellites montrées par le logiciel de cartographie du célèbre moteur de recherche inquiète de nombreux pays.

Que cachent de si secret la piscine et le court de tennis de la Maison-Blanche à Washington ? Ces deux lieux apparemment anodins ont pourtant longtemps été maquillés par des images d’arbres sur Google Earth, le logiciel gratuit permettant de visualiser des photos satellites de la planète entière (1), et le sont d’ailleurs encore sur le service de cartographie sur Internet du même Google (2). Après des protestations d’utilisateurs, les images brouillées de certains lieux sensibles de la capitale américaine, comme le domicile du président Bush ou le Capitole ont été remplacés par d’autres, non censurées. Sauf l’US Navy Observatory, demeure officielle du vice-président Dick Cheney, qui reste étrangement très fortement pixelisée. D’où vient la censure ? Probablement l’US Secret Service, chargé de la protection des personnalités officielles aux Etats-Unis

Le plus célèbre des moteurs de recherche nie toute censure de sa part, précisant que son logiciel ne sert qu’à visualiser des images aériennes ou satellites déjà existantes et publiées par d’autres. Effectivement, une partie des images à haute résolution de Washington provient par exemple du service géologique américain (US geological survey, une agence scientifique fédérale). Le logiciel WorldWind (3), équivalent de Google Earth, publié un an avant par la Nasa, permet également de constater que les dernières images prises en 2002 sont censurées, alors que celles de 1988 en noir et blanc ne le sont pas. On pourrait penser que le désir toujours croissant de sécurité intérieure aux Etats-Unis après le 11 septembre 2001 est responsable de ce maquillage récent. Mais cela n’explique pas pourquoi les toits et la piscine de la Maison-Blanche avaient été grossièrement floutés alors que le Pentagone, à quelques kilomètres de là, est visible en très haute résolution, et exhibe clairement la marque des travaux faits sur l’aile ouest après l’attaque du 11 Septembre.

« Attirer l’oeil des curieux »

Les Etats-Unis ne sont pas les seuls pris par la tentation de camoufler les images satellites de leurs lieux sensible. De très nombreux pays, dont l’Inde, la Corée du Sud, l’Australie et la Thaïlande, se sont publiquement indignés du « viol » de leur intimité territoriale effectuée au grand jour par Google Earth, indiquant que l’accès public à ces données parfois très détaillées pouvaient mettre en danger leur sécurité intérieure. Les cibles potentielles les plus citées sont les bâtiments officiels, les installations militaires et des sites industriels sensibles comme les centrales nucléaires. Pour l’instant, un seul pays dispose de privilèges dans les lois américaines : la résolution maximale des images commerciales d’Israël ne doivent en effet pas dépasser deux mètres par pixel.

En fait, les différents pays ne sont pas tous traités à la même enseigne. Sur Google Earth, seuls les Etats-Unis disposent d’une couverture presque totale avec une bonne précision. Pour toutes les autres régions du monde, la couverture satellite est très souvent de qualité moyenne. En France, Paris et les grandes villes sont montrées avec de nombreux détails (bus visibles à Paris), mais la rase campagne ne dispose par mieux que d’au mieux d’un pixel toutes les dizaines de mètres.

L’étude sur les risques de Google Earth pour la sécurité réalisée par la société française Fleximage (filiale d’EADS spécialisée dans l’analyse d’images satellites), citée par la revue SIG la lettre, explique par ailleurs que censurer Google en altérant les images n’est pas la solution : « Cette censure, pour peu que les résultats soient peu probants, n’a qu’une conséquence : attirer l’oeil des curieux ! »

(1) A télécharger sur earth.google.com, pour PC uniquement.

(2) A consulter sur le web : maps.google.com

(3) worldwind.arc.nasa.gov


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