dimanche 22 octobre 2017

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M. Gates prône une politique sécuritaire américaine basée sur la coopération civile

Sylvain Cypel, le Monde

mercredi 21 avril 2010, sélectionné par Spyworld

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Quelles sont "les menaces les plus létales à venir pour la sécurité et la sûreté des Etats-Unis", celles qui, selon Robert Gates, constituent "le principal défi de notre temps" ? Il ne s’agit pas du terrorisme islamiste. Pas plus que de l’Iran que le secrétaire américain à la défense n’évoque même pas, dans l’article intitulé "Aider les autres à se défendre eux-mêmes" qu’il publie, lundi 19 avril, dans le dernier numéro de la revue Foreign Affairs. La première menace sur la sécurité américaine viendra des "Etats fracturés ou faillis". Ces "pays à risques" où le chaos menace et d’où peuvent émerger les plus imprévisibles périls.

Sans lister les pays en question, M. Gates cite l’Afghanistan et le Pakistan, les Philippines et le Yémen, où "des opérations récentes contre des groupes extrémistes" ont donné l’exemple du nouveau mode de coopération américaine avec des pouvoirs locaux, pouvant "aboutir à de réels succès". Il cite encore le Liban, l’Indonésie et "des pays africains". Tous ont la particularité d’être l’objet de conflits internes ethniques, claniques ou religieux. Dans tous ces pays, la stabilité et même la pérennité de l’Etat ne sont pas assurées.

Par touches successives, le seul rescapé de l’administration Bush dans l’équipe Obama redessine les contours d’une nouvelle doctrine sécuritaire américaine dans un monde "plus complexe, plus imprévisible et, même sans superpuissance adverse, par nombre d’aspects plus dangereux".

GRAVE ERREUR

Pour justifier ses propositions, il ne ménage pas les critiques sur les erreurs commises, selon lui, par son pays. "Durant la décennie qui précéda le 11-Septembre (en 2001), les Etats-Unis ont abandonné l’Afghanistan à son sort. En même temps, Washington réduisait les échanges de militaires à militaires et les programmes de formation au Pakistan", juge-t-il

Qualifiant cette erreur de "stratégiquement dommageable", M. Gates critique aussi l’un des choix faits après l’intervention militaire américaine en Afghanistan. Plutôt que de concentrer ses efforts sur la formation des forces afghanes (ou irakiennes), l’armée américaine "s’est lourdement appuyée sur des contractants" privés, qui ont multiplié les bavures.

M. Gates prône donc une refonte complète de la coopération avec les "partenaires" de l’Amérique dans ces zones "à risques". La doctrine actuelle lui semble désuète sur le plan logistique et inadaptée, dans sa philosophie, aux enjeux contemporains. Selon lui, "la répétition de missions de la taille de celles en Afghanistan et en Irak, visant à obtenir par la force un changement de régime (...) est très improbable dans le futur". A l’avenir, soutient-il, la coopération civile (gouvernance, maintien de l’ordre, justice...) sera aussi importante, voire plus, que son pendant militaire.

Cette nouvelle politique, enfin, "signifie que les Etats-Unis ne peuvent pas cesser leur assistance chaque fois qu’un pays partenaire fait quelque chose qui déplaît à Washington". Et de rappeler, après avoir énuméré les changements possibles pour "réformer et moderniser l’appareil américain" de coopération, que son action devra désormais "baigner dans de fortes doses de modestie et de réalisme : il y a des limites à ce que les Etats-Unis peuvent faire pour influencer la direction de pays et de cultures radicalement différents".


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