dimanche 22 octobre 2017

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A Washington, l’affaire des écoutes tourne à la bataille politique

Philippe Gelie, le Figaro

mardi 3 janvier 2006, sélectionné par Spyworld

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Le Congrès veut auditionner les responsables d’un programme secret tandis qu’une enquête est ouverte sur la « fuite » dont a bénéficié le New York Times.

LES PIONS sont déjà en place à Washington pour la première bataille politique de l’année : face au président Bush, enclin à étendre ses prérogatives au nom de la lutte contre le terrorisme, un Congrès frappé d’une mauvaise image et qui doit redorer son blason avant les élections de mi-mandat, en novembre. Spectateurs engagés de cette lutte de pouvoirs : la presse, mise en accusation lorsqu’elle fait son travail, et la justice, promise au rôle d’arbitre.

George W. Bush a pris l’offensive en donnant sa bénédiction à une enquête criminelle lancée en secret par le département de la Justice. Elle vise à découvrir qui a trahi l’existence d’écoutes non autorisées par la National Security Agency (NSA) sur le territoire des Etats-Unis.

Le 16 décembre dernier, le New York Times avait révélé l’existence de ce programme, « probablement le plus secret du gouvernement américain », selon l’Attorney general (ministre de la Justice), Alberto Gonzales. Quelques mois après les attentats du 11 septembre 2001, George Bush avait autorisé la NSA à mettre sur écoute des conversations internationales en provenance ou en direction des Etats-Unis sans obtenir de mandat auprès d’une cour spéciale, créée en 1978 pour mettre fin aux dérives de la CIA lors de la guerre du Vietnam. Une cour accommodante puisqu’elle a donné son feu vert à 18 724 requêtes depuis sa création et n’en a rejeté que 3 (toutes en 2003).

Le Congrès s’apprête à enquêter sur ce programme secret qui a pris des libertés avec la loi. Le républicain Arlen Specter, président de la commission de la Justice du Sénat, a promis d’organiser des auditions dès ce mois-ci pour clarifier la nature et l’ampleur des écoutes. Son collègue démocrate Charles Schumer demande que soient entendus les dirigeants actuels et anciens de la NSA ainsi qu’Alberto Gonzales et son prédécesseur à la Justice, John Ashcroft.

Programme secret

La requête sera d’autant plus difficile à rejeter qu’on sait depuis dimanche que l’adjoint d’Ashcroft, James Comey, avait refusé en mars 2004 de certifier la légalité des écoutes sans mandat. Andrew Card, secrétaire général de la Maison-Blanche, et Gonzales, alors conseiller juridique, s’étaient spécialement rendus au chevet d’Ashcroft, tout juste opéré de la vésicule biliaire, pour obtenir son paraphe. Devant ses réticences, le programme aurait été suspendu pendant plusieurs mois.

Ces résistances rencontrées dans sa propre administration jettent le doute sur l’argument principal de George Bush : « Le programme de la NSA est légal et nécessaire, martèle-t-il. J’ai été élu pour protéger le peuple américain et je me suis engagé à utiliser toutes les ressources disponibles, dans le cadre de la loi - ce que je fais. »

Les juristes de la Maison-Blanche affirment que l’ordre présidentiel entre dans les prérogatives du « commandant en chef » en temps de guerre et qu’une résolution du Congrès, adoptée trois jours après le 11 septembre, l’autorise à faire usage de « toute la force nécessaire et appropriée contre les nations, les organisations ou les personnes » impliquées. Les démocrates objectent que l’administration avait tenté d’inclure dans la résolution un blanc-seing pour ses écoutes, en vain. Terrain d’autant plus glissant que Bush avait déclaré en 2004 : « Quand on parle d’écoutes, il faut un ordre d’une cour, rien n’a changé. »

Trois enquêtes contre la presse

Mentir à ses concitoyens n’est pas un petit péché, surtout pour un président affaibli dans les sondages et confronté à un Congrès en mode pré-électoral. En un réflexe naturel, l’administration tente donc de détourner l’attention sur le messager. L’enquête criminelle dont le New York Times va être la cible s’annonce complexe et hasardeuse : le journal a gardé son « scoop » secret pendant un an, au nom de la « sécurité nationale » et sur pression du président, qui aurait personnellement reçu le patron du journal, Arthur Sulzberger Jr, et le directeur de la rédaction, Bill Keller.

C’est la troisième enquête simultanée dirigée contre la presse et ses sources, après celle menée sur la révélation de l’identité d’une espionne de la CIA et celle ouverte en novembre contre la divulgation par le Washington Post d’un réseau de prisons secrètes de la CIA.

La Maison-Blanche pourrait ainsi se faire des ennemis sur plusieurs fronts à la fois. Mais il y va de sa conception extensive des pouvoirs présidentiels face aux contre-pouvoirs du Congrès, de la justice et des médias. Une bataille pour laquelle George Bush, conseillé et soutenu par son vice-président, Dick Cheney, semble prêt à brûler ses vaisseaux.


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