mardi 24 octobre 2017

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La guerre du renseignement économique fait rage

Propos recueilli par Paul Burel, Ouest-france.fr

samedi 24 avril 2010, sélectionné par Spyworld

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Elle peut prendre bien des formes, du captage des données informatiques au trempage de cravate dans des solutions secrètes... L’allié d’hier peut être le concurrent de demain.

Entretien : Olivier Buquen. Délégué interministériel à l’intelligence économique.

Comment évolue aujourd’hui le renseignement économique ?

Je préfère le mot information à celui de renseignement, parfois trop connoté. L’univers concurrentiel devient global. Tout le monde s’intéresse à tout le monde. Nos meilleurs alliés sont parfois nos concurrents les plus actifs et les plus agressifs. Ce n’est pas toujours nécessaire d’aller chercher en Chine les prédateurs qui sont juste à côté. Face aux défis, les politiques sont diversifiées. Les pays anglo-saxons, États-Unis en tête, sont tombés tout petits dans la potion magique du renseignement. Ils ont de l’avance. En Europe, la France est plutôt mieux lotie que ses voisins. L’Allemagne n’a pas d’action structurée au niveau fédéral, pas grand-chose dans les landers. En revanche, ses entreprises sont mieux organisées.

Quels sont les dangers réels qui touchent les entreprises ?

On retrouve des cas de figure assez répétitifs. Le coup classique, c’est de racheter le fournisseur principal de l’entreprise que l’on veut contrôler. Ou alors se faire passer pour un gros client potentiel ou un investisseur et exiger des informations très pointues au prétexte de prouver sa compétence ou de justifier ses prix. Avec le nomadisme professionnel qui caractérise la globalisation économique, il y a aussi beaucoup de risques avec les ordinateurs. Pour illustrer la qualité de son logiciel de « prévision des risques » un chef d’entreprise français avait accepté d’aller en faire une démonstration chez un « client ». Il a simplement eu tort d’abandonner son ordinateur dix minutes au contrôle d’accès. Le temps de se faire copier ¯ « voler » ¯ son contenu.

Il y a des exemples cocasses ?

Un vrai côté James Bond. Dans une entreprise chimique, une partie de la délégation des clients étrangers restait à la traîne... pour plonger ses cravates éponges dans les bacs de solution aux contenus secrets...

Comment faire face dans cette guerre économique ?

Il faut être très vigilant et créatif. On a pu déjouer les visées d’un investisseur chinois qui voulait s’emparer des Dentelles de Calais pour simplement récupérer les métiers à tisser en faisant classer ces machines au titre des monuments historiques. Donc intransférables. Le plus drôle c’est que c’est quand même un investisseur chinois ¯ sérieux et honnête ¯ qui a repris l’affaire.

Vos priorités comme délégué à la mission interministérielle de l’intelligence économique ?

Deux actions me tiennent à coeur. Je veux faire en sorte qu’à terme tous les diplômés français soient formés à l’intelligence économique, définie comme la collecte, l’analyse, la diffusion et la protection de l’information économique. Et d’ici la fin de l’année, avec mon équipe, on va proposer aux entreprises un guide pratique d’auto-évaluation en matière de risque.


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