lundi 23 octobre 2017

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La Suisse mal armée contre le terrorisme islamiste

Romain Clivaz Berne, Tdg.ch

samedi 24 avril 2010, sélectionné par Spyworld

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Pour Jean-Luc Vez, de l’Office fédéral de la police, la recherche d’informations est lacunaire. Mais le spectre de l’affaire des fiches plane toujours sur ce débat.

« Nous sommes un peu comme les singes de la sagesse : le premier se couvre les yeux, le deuxième les oreilles et le troisième la bouche. Sauf que ce n’est plus vraiment de la sagesse mais de la non-voyance », tranche Jean-Luc Vez. « Nous nous privons d’un thermomètre efficace pour évaluer les menaces qui pèsent sur notre pays. Ces dernières années, elles ont augmenté. »

La sécurité préventive serait donc le parent pauvre de la politique suisse. « La loi actuelle ne permet l’observation que sur le domaine public, s’irrite le chef de FedPol. Pour combattre les extrémismes violents, l’espionnage ou le terrorisme, par exemple islamiste, on ne peut pas faire grand-chose. Aucune mesure de contrainte, comme par exemple l’observation dans le domaine privé, n’est autorisée. » Ecoutes téléphoniques, pose de micros ou encore intrusion dans les systèmes informatiques ne peuvent être mises en œuvre que dans le cadre de procédure en cours, avec l’autorisation d’un tribunal. Au niveau répressif, et non préventif.

« Nos collègues espagnols, par exemple, ne comprennent pas pourquoi il est impossible de mettre un activiste de l’ETA de passage sur écoute, raconte Jean-Luc Vez. Si un prédicateur islamiste jugé dangereux par nos collègues allemands arrive ici, nous n’avons aucun moyen d’aller le surveiller dans un lieu privé. Nous restons devant la porte ! Les appels à la violence qu’il pourrait y faire sont alors difficiles à dévoiler. »

Malgré ces lacunes, le parlement a estimé qu’il était urgent d’attendre. En avril 2009, le projet de loi prévoyant des moyens spéciaux pour la recherche préventive d’informations a été renvoyé au Conseil fédéral (lire ci-contre). Un débat aux forts relents d’affaire des fiches. Pour mémoire, à la fin des années 1980, on découvrait environ 900 000 fiches, censées recenser les personnes potentiellement dangereuses pour la Suisse.

Ce choc a rendu citoyens et élus viscéralement méfiants. L’Etat fouineur fait peur depuis lors. Dernier exemple en date : l’acceptation, pour quelques milliers de voix, du passeport biométrique. Ce document stocke des données personnelles sur une puce électronique. L’UDC Oskar Freysinger (VS), pourtant adepte de la ligne sécuritaire de son parti, incarne cette méfiance : « La loi proposée l’an dernier allait trop loin. Un pays où l’on peut aussi facilement surveiller le trafic des e-mails et le téléphone est-il vraiment libre ? On devient vite suspect quand on a des opinions tranchées comme moi. » Un scepticisme largement partagé sous la Coupole.

Mais comment lui, le pourfendeur de l’islam radical, justifie-t-il de priver la police de ces précieux instruments ? « Il faut surveiller les fondamentalistes de manière ciblée, dans les centres islamiques ou les lieux de culte. Des contrôles limités et non liberticides. Je n’ai pas envie de vivre dans une société avec un Big Brother à la George Orwell dans le roman 1984. »


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