dimanche 17 décembre 2017

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L’Etat commence à couper les vivres à Thales et Safran pour les amener à rationaliser leurs activités militaires

Alain Ruello, Les Echos

jeudi 29 avril 2010, sélectionné par Spyworld

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La DGA a commencé à bloquer certains contrats pour faire pression sur les deux groupes. Elle reçoit leurs dirigeants, Luc Vigneron et Jean-Paul Herteman, lundi, en prévision d’un nouveau point mi-mai avec Hervé Morin. Le ministère défend un schéma de coopération structurant autour des calculateurs embarqués, le point d’achoppement des discussions.

Rentrée des classes sous pression pour Luc Vigneron et Jean-Paul Herteman. Les patrons de Thales et de Safran ont rendez-vous ce lundi à Bagneux, au siège de la Direction générale de l’armement (DGA) à l’« invitation » de son responsable, Laurent Collet-Billon. L’objet de la réunion ? La très difficile négociation pour la rationalisation des activités militaires des deux groupes, les armées n’ayant plus les moyens d’entretenir des bureaux d’études concurrents.

« On ne relâche pas la pression, même si ça fait des semaines qu’on achoppe sur les mêmes points », commente un bon connaisseur du dossier.

Pour la Défense, le but principal consiste à rapprocher deux activités redondantes entre Thales et Safran : l’optronique, mélange d’électronique et d’optique, et la navigation inertielle, qui permet aux avions de se guider. Mais la question des calculateurs, qu’aucun des deux groupes ne veut lâcher, est venue empoisonner les discussions (« Les Echos » du 14 avril).

Les positions semblent à ce point figées que la DGA a commencé à couper les vivres aux deux groupes, en bloquant certains marchés de recherche ou d’armement, tout en prenant bien soin de ne pas pénaliser les armées. « Si on continue de manière déterminée et durable, on peut espérer commencer à les émouvoir », estime-t-on au sein du ministère de la Défense.

En attendant, la DGA s’échine à faire passer les grandes lignes d’un « Yalta » apte, selon elle, à ne léser les intérêts stratégiques ni de l’un ni de l’autre. Selon ce schéma, Thales consoliderait l’optronique de Safran, tandis que Safran récupérerait la navigation inertielle de Thales. Et les calculateurs ? L’idée serait de bâtir un accord de coopération structurant qui permettrait aux deux parties de partager l’expertise, sans conflit commercial.

Manque de souplesse ?

Pour raisonnable qu’il paraisse à ses auteurs, ce schéma n’a pas réussi à s’imposer. En partie en raison des rivalités anciennes entre les deux maisons. Actionnaire industriel de référence de Thales, Dassault ne voit pas en vertu de quoi sa filiale devrait se dépouiller d’une compétence électronique clef, Safran étant avant tout perçu comme un « mécanicien ». L’intéressé appréciera. Pour l’avionneur, pas question donc d’aller au-delà de l’optronique et du guidage inertiel, conformément à ce qui était prévu lors de la signature du pacte d’actionnaires avec l’Etat.

Du côté de Safran, on laisse entendre que, pour négocier, il faut être deux… Sous-entendu : Luc Vigneron manque de souplesse. « Ils s’accrochent à l’idée de posséder les calculateurs de Thales, alors qu’un accès à la technologie via un partenariat peut être la solution », relève une source proche du dossier.

Ancien première ligne de rugby, Laurent Collet-Billon doit trouver comment faire bouger les lignes. Objectif : apporter du concret à son ministre, Hervé Morin, lors d’un prochain point prévu mi-mai.


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