mercredi 18 octobre 2017

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De plus en plus d’informateurs pour la CIA

Joby Warrick, Greg Miller, The Washington Post

vendredi 30 avril 2010, sélectionné par Spyworld

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En opposition avec la politique répressive du gouvernement, de nombreux responsables et universitaires iraniens ont finalement choisi de collaborer avec les services de renseignement occidentaux.

L’agitation politique incite un nombre croissant de représentants officiels à déserter et/ou à transmettre des informations au camp occidental, notamment à propos du programme nucléaire secret de Téhéran. Les renseignements les plus précieux proviennent de responsables scientifiques ou administratifs qui ont participé à des programmes militaires iraniens. Ils agissent par opposition au gouvernement et contre la répression qui s’est abattue après la contestation de la dernière élection présidentielle [du 12 juin 2009, qui a maintenu Mahmoud Ahmadinejad au pouvoir]. "Il y a énormément d’échanges d’information en ce moment, ce qui est révélateur du profond mécontentement des technocrates iraniens", explique un ancien responsable du gouvernement américain.

Les autorités américaines ont récemment reconnu qu’un physicien nucléaire iranien avait rejoint leur camp en juin dernier. Shahram Amiri, 32 ans, a disparu au cours d’un pèlerinage religieux en Arabie Saoudite [en juin 2009] et aurait fourni aux agences de renseignement occidentales des informations nouvelles sur des programmes sensibles. Il aurait notamment révélé l’existence [rendue publique fin septembre 2009] d’une centrale d’enrichissement d’uranium secrète dans les environs de la ville de Qom. Amiri est considéré par certains comme le plus important transfuge iranien depuis Ali Reza Ashgari, ancien vice-ministre de la Défense et commandant des Gardiens de la révolution, qui a changé de camp en 2007 à l’occasion d’un voyage en Turquie.

Selon d’autres sources, de nombreuses défections auraient également frappé récemment les rangs diplomatiques et militaires. Elles n’ont pas toutes été rendues publiques. Parmi les transfuges se trouve un haut diplomate du consulat iranien d’Oslo, Mohammed Reza Heydari, qui a indiqué avoir subi des pressions de la part de Téhéran pour falsifier le suffrage des expatriés votant à l’ambassade norvégienne [il a annoncé sa démission début janvier 2010 et demandé l’asile politique à la Norvège]. Heydari a déclaré lors d’un entretien téléphonique depuis la Norvège qu’il représentait des milliers de jeunes Iraniens éduqués, de plus en plus déçus par les derniers événements dans leur pays. “Personnellement, j’avais une bonne situation à la fois en Iran et en tant que diplomate, mais ma conscience m’interdisait de continuer à travailler pour ce régime, explique Heydari. J’étais révolté par les crimes et la répression menée par le pouvoir contre des gens qui ne faisaient que demander où était passé leur vote.”

La défection d’Amiri et d’autres personnalités iraniennes vient couronner la stratégie mise en place par la CIA ces dernières années pour organiser la fuite des cerveaux iraniens. Cette initiative vise – au même titre que le sabotage des équipements envoyés à Téhéran – à ralentir la progression du programme nucléaire iranien.

Art Keller, ex-agent de la CIA à la retraite, explique que la plupart des recrues de l’agence américaine ont pour mission de travailler sur le terrain. Reste qu’en Iran – où le gouvernement a fait exécuter tous les membres d’un réseau d’informateurs au service de la CIA il y a près de dix ans – le recrutement d’agents est considéré comme une activité particulièrement dangereuse. “Surtout lorsqu’il s’agit de programmes d’armement clandestins, poursuit Keller. Là, les scientifiques sont surveillés comme du lait sur le feu.”

Plusieurs sources iraniennes ont identifié Amiri comme l’un des chercheurs travaillant pour l’Organisation de l’énergie atomique d’Iran. Selon le NCRI, le Conseil national de la résistance d’Iran [dominé par l’organisation des Moudjahidin du peuple], qui a publiquement révélé l’existence d’un programme secret d’enrichissement d’uranium en 2003, Amiri travaillait sur des programmes nucléaires sensibles depuis au moins une dizaine d’années. Les autorités iraniennes affirment pour leur part qu’Amiri a été victime d’un enlèvement.

Un autre scientifique, le professeur Massoud Ali Mohammadi, a été tué le 12 janvier dernier à Téhéran alors qu’il passait à côté d’un deux-roues qui a explosé. Les responsables iraniens ont accusé les services de renseignement israéliens et occidentaux, mais plusieurs sources révèlent que Mohammadi était un sympathisant du mouvement d’opposition au régime et qu’il avait participé à plusieurs manifestations antigouvernementales. D’après un rapport du NCRI, des agents des services de renseignement iraniens avaient fouillé sa maison la veille de sa mort, confisquant diverses notes et documents. La mort de ce professeur de physique pourrait être un avertissement des autorités iraniennes vis-à-vis des traîtres éventuels.


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