vendredi 20 octobre 2017

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Clotilde Reiss est arrivée en France

Le Monde, avec AFP

dimanche 16 mai 2010, sélectionné par Spyworld

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La Française Clotilde Reiss est arrivée dimanche peu après 13 h 20 à l’aéroport de Villacoublay (Yvelines), au lendemain de sa libération par les autorités iraniennes. La jeune femme de 24 ans, retenue pour avoir participé à des manifestations anti-gouvernementales en juin 2009, a pu quitter l’Iran après un jugement la condamnant samedi à une simple amende.

Elle a été reçue dans la foulée à l’Elysée par Nicolas Sarkozy, qu’elle a remercié pour avoir "défendu" son "innocence". Elle a également rendu hommage aux codétenus qui étaient avec elle pendant un mois et demi à la prison d’Evin : "ils m’ont traitée comme leur soeur", a-t-elle poursuivi, citant particulièrement deux détenus "exécutés en janvier 2010". Le chef de l’Etat, qui n’est apparu à aucun moment devant les photographes, a pour sa part remercié les présidents sénégalais, brésilien et Syrien pour leur "rôle actif" dans ce dossier.

LES ACCUSATIONS DU SÉNÉGAL

Mais sitôt la jeune universitaire arrivée sur le sol français, la polémique a enflé sur les conditions de sa libération. Sur l’antenne de RTL, le président sénégalais Abdoulaye Wade, qui affirme avoir joué un rôle crucial dans cette affaire, accuse l’Elysée d’avoir compromis la libération de Clotilde Reiss il y a six mois. Le dirigeant sénégalais, qui assure la présidence de l’Organisation de la conférence islamique, a raconté dimanche qu’il avait obtenu l’accord de principe du président iranien Mahmoud Ahmadinejad pour la libération de la jeune femme lors d’une visite à Téhéran en octobre dernier.

"J’ai appelé l’Elysée pour demander à Sarkozy de m’envoyer quelqu’un en qui il avait confiance pour voir dans le détail comment on pourrait procéder pour la libération de Clotilde Reiss", a explique M. Wade. "On m’a envoyé André Parant", conseiller du chef de l’Etat pour les affaires africaines. Quelques jours après, ce dernier l’aurait appelé pour lui demander "de laisser ce dossier de côté" parce que Paris était sur une autre piste. "Seulement voilà, il ne s’est rien passé [...] s’il n’y avait pas eu cette intervention de M. Parant, Clotilde Reiss aurait été libérée depuis six mois", a-t-il affirmé.

Le président sénégalais multiplie les médiations internationales avec l’ambition de se forger une stature de "sage" de l’Afrique. Ces dernières années, il est intervenu dans le conflit du Darfour, dans la crise malgache, a tenté de rapprocher les régimes de Khartoum et N’Djamena, et de rompre l’isolement du Zimbabwe de Robert Mugabe. Ses détracteurs critiquent un activisme brouillon, des interventions très médiatisées mais rarement efficaces. Interrogé un peu plus tôt dans la journée, le ministre français des affaires étrangères Bernard Kouchner ne s’était guère étendu sur les médiations de pays tiers : "on en parlera plus tard. Mais vous connaissez cette phrase : la victoire a beaucoup de pères, la défaite est orpheline". Questionné sur la médiation du président Wade, il s’était refusé à toute commentaire : "regardez comme je suis muet".

"AUCUNE CONTREPARTIE"

Autre polémique qui a précédé, elle, le retour de Clotilde Reiss à Paris : un soupçon d’échange entre l’universitaire et deux ingénieurs iraniens détenus en France. Le 5 mai, la justice française a refusé de livrer à Washington un ingénieur iranien, Majid Kakavand, à qui les Etats-Unis reprochent des achats jugés frauduleux de matériels électroniques militaires. Un autre Iranien détenu en France, Ali Vakili Rad, condamné en 1994 à perpétuité pour le meurtre en 1991 de l’ancien premier ministre du Chah, a formulé une demande de libération conditionnelle. Le tribunal d’application des peines de Paris, qui a reporté plusieurs fois sa décision sur ce dossier, a indiqué qu’il statuerait le 18 mai.

Interrogé par Radio J dimanche matin, Bernard Kouchner a assuré que la libération de Mlle Reiss n’avait "aucun rapport" avec le sort des deux Iraniens. "Il n’y a eu aucune contrepartie. Cette succession de décisions judiciaires - et en France, on n’influence pas des décisions des juges - n’a rien à avoir avec un marchandage éventuel, un marchandage allégué, rien à voir", a-t-il précisé. M. Kouchner a ajouté que cet heureux dénouement ne changeait rien à "notre décision, avec la communauté internationale, de travailler sur une résolution du Conseil de sécurité" de l’ONU contre l’Iran s’agissant de son programme nucléaire.

"CE SERAIT CHOQUANT"

Cette version des faits a été confirmée par le porte-parole du ministère iranien des affaires étrangères, Ramin Mehmanparast : "La libération de Mlle Rice n’a rien à voir avec celle de Kakavand", a-t-il affirmé. Manuel Valls, député PS de l’Essonne, est plus circonspect : "Qu’il y ait eu du marchandage et des contreparties, cela serait tout à fait choquant" mais "je prends en compte les déclarations du ministre des affaires étrangères" disant "qu’il n’y pas eu de chantage. A ce stade ça me convient".

Clotilde Reiss, lectrice à l’université d’Ispahan, était officiellement accusée d’atteinte à la sécurité nationale de l’Iran, notamment pour avoir rassemblé des informations et des photos lors de manifestations dans cette ville les 15 et 17 juin contre la réélection contestée du président iranien Mahmoud Ahmadinejad. La jeune femme de 24 ans avait été arrêtée le 1er juillet alors qu’elle s’apprêtait à regagner la France. Elle avait été libérée sous caution le 16 août avec obligation de résider à l’ambassade de France à Téhéran jusqu’à son jugement.


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