jeudi 19 octobre 2017

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L’Amérique face à ses nouveaux terroristes

Laure Mandeville, le Figaro

mardi 18 mai 2010, sélectionné par Spyworld

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Le pays découvre avec stupeur une génération d’extrémistes au profil de citoyens ordinaires.

Une nouvelle expression est apparue dans le vocabulaire des spécialistes américains de l’antiterrorisme : le terroriste « fait maison ». Depuis quelques mois, une inquiétante série noire d’actions terroristes ou de tentatives avortées de complots a soudain placé sous le feu des projecteurs ces musulmans détenteurs de passeports américains, qui décident de partir en guerre contre les États-Unis et leur culture, au nom d’Allah. Il y a tout d’abord eu la terrible tragédie de Fort Hood en novembre, lors de laquelle le commandant Nidal Malik Hasan, un médecin américain d’origine pakistanaise, a tué 13 de ses compagnons d’armes. Au mois de décembre, on découvrait qu’un jeune Américain pakistanais, Najibullah Zazi, au centre d’un complot qui visait à planifier des attaques terroristes dans le métro de New York, avait été dévoilé. Puis, début mai, c’était au tour de l’Américain pakistanais Faisal Shahzad de faire la une de l’actualité, pour avoir tenté de faire exploser une voiture bourrée d’explosifs, à Times Square. Comme tous les autres auteurs des drames des derniers mois, Faisal était en apparence un Américain moyen « comme un autre ».

« Elle se croyait immunisée »

Ce nouveau type de profil terroriste est un choc pour une Amérique qui restait persuadée de la supériorité de son modèle d’intégration. « Pour elle, les terroristes musulmans ne pouvaient venir que d’ailleurs, et notamment d’une Europe dont l’ascenseur social bloqué expliquait la radicalisation des populations musulmanes immigrées », note Justin Vaisse, de la Brookings Institution. L’Amérique avait tendance à opposer la réussite économique de ses musulmans à ce qui se passait en Europe. « Elle se croyait immunisée mais c’était une erreur. Les Américains découvrent que le niveau socio-économique n’est pas le facteur essentiel d’une démarche terroriste. Il s’agit de quelque chose de beaucoup plus existentiel qui mérite d’être étudié de près », poursuit Vaïsse.

C’est aussi ce que pense aujourd’hui l’expert Geneive Abdo, qui dans une interview à l’agence AP soulignait récemment l’importance de l’idéologie véhiculée par Internet dans le processus de rupture. « La globalisation a changé la nature de l’intégration », disait-il, soulignant qu’aujourd’hui les minorités musulmanes peuvent rester en immersion dans leur pays d’origine via Internet. L’imam radical n’a pas besoin de se trouver à New York pour enflammer les candidats au djihad. Le commandant Hasan et Faisal Shahzad écoutaient tous les sermons de l’imam américano-yéménite Anwar al-Awlaki avant de passer à l’acte. Ce dernier avait d’ailleurs été un Américain musulman intégré avant de fuir au Yémen pour y devenir un chantre du djihad.

Risque de chasse aux sorcières

La question lancinante que se posent aujourd’hui les décideurs américains est de savoir quel type de réponse opposer à ce nouveau phénomène. Se gaussant des ouvertures jugées « naïves » de Barack Obama vers les communautés musulmanes, certains républicains, menés par le sénateur indépendant Joe Lierberman, insistent sur une vigilance accrue vis-à-vis des populations dites « à risque » et ont par exemple poussé à l’ouverture du dossier Fort Hood, dont une partie demeure secret défense. Mais les responsables de l’Administration Obama soulignent que cette vigilance ne doit en aucun cas déboucher sur une chasse aux sorcières qui aggraverait le sentiment de marginalisation des musulmans aiguisé par les récentes affaires. « L’équilibre est difficile à trouver. Il faut à la fois prendre des mesures intrusives qui permettent la vérification de la loyauté des populations comme les services de renseignements le font fréquemment en France, tout en ne se mettant pas à dos les populations musulmanes », dit Vaïsse. Un dosage presque impossible à réaliser, alors que la majorité américaine réclame plus de sécurité.


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