lundi 11 décembre 2017

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La Défense cherche comment économiser jusqu’à 4,8 milliards

Alain Ruello, Les Echos

mercredi 26 mai 2010, sélectionné par Spyworld

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Anticipant les coupes que va lui demander Matignon, la Défense étudie trois scénarios pour son budget 2011-2013. Au pire, il faudrait économiser 4,8 milliards d’euros.

Gouverner, c’est prévoir. C’est en application de la célèbre maxime que la Défense étudie actuellement plusieurs scénarios pour son prochain budget triennal 2011-2013, en prévision des coupes claires que va lui demander Matignon au titre de l’effort général pour la réduction des déficits publics. Il y a deux semaines, François Fillon a en effet annoncé un gel des dépenses de l’Etat sur la période (« zéro valeur » dans le jargon technocratique), pour éponger la hausse de la charge de la dette.

Le cadrage reste à décliner ministère par ministère, mais les armées -premier investisseur au sein de l’Etat -n’ont pas attendu de recevoir leur lettre plafond, attendue mi juin, pour réfléchir. Résultat des cogitations : entre 2 et 3 milliards d’euros d’économies à trouver en cumul sur la période dans le meilleur des cas, 4,8 milliards dans le pire. « Il y a plusieurs scénarios à l’étude. Mais, dans tous les cas, ça va être saignant », confesse-t-on de source proche des discussions.

La Défense planche sur trois grandes hypothèses. La première, à laquelle personne ne croit plus, table sur un maintien des ressources financières prévues par la loi de programmation militaire 2009-2014. Soit, en gros, une trentaine de milliards par an hors pensions. « Les armées devront participer à la lutte contre les déficits publics », a d’ailleurs reconnu vendredi Hervé Morin, à bord de la « Jeanne D’arc », en mettant en avant les trois années budgétaires exceptionnelles dont venaient de bénéficier ses troupes (sans compter le plan de relance). A l’autre bout du spectre, le pire scénario correspond à l’application stricte du cadrage général arrêté par François Fillon. Ce sont alors 4,8 milliards qu’il faudrait alors retrancher de la loi de programmation : du jamais vu si peu de temps après le vote par le Parlement d’une LPM ! Entre les deux, un scénario médian chiffre entre 2 et 3 milliards les économies à trouver, ce qui reste très dur à avaler.

Issus des réflexions de l’état major, de la Direction générale pour l’armement (la DGA), du Secrétariat général pour l’administration, et du cabinet du ministre, tous ces chiffrages n’ont évidemment aucun valeur engageante à ce stade. Il est encore trop tôt pour savoir précisément l’effort que Matignon va demander à la Défense. D’autant que les recettes exceptionnelles, retardées mais toujours attendues de la vente des casernes et de certaines fréquences télécoms, peuvent adoucir les sacrifices (en théorie, il reste 2 milliards à encaisser). De même, l’hôtel de Brienne peut jouer sur sa dette fournisseur -en clair allonger les délais de paiement de quelques jours -pour économiser de la trésorerie, quitte à payer des intérêts. Il n’empêche. Ces calculs par anticipation sont évidemment très utiles pour voir comment absorber autant d’économies sans trop remettre en cause l’esprit du Livre blanc de la défense et de la sécurité nationale de 2008 qui met la priorité sur la modernisation de l’équipement des forces.

Hervé Morin, qui doit normalement réunir une réunion avec ses principaux lieutenants en fin de semaine sur le sujet, a donc devant lui des choix difficiles. Pour que la pilule soit la moins amère possible, il va naturellement rappeler à Matignon et Bercy que le Livre blanc a été validé par un certain... Nicolas Sarkozy. Mais une chose semble certaine à de nombreux observateurs du secteur : taper dans les dépenses d’équipements ne suffira pas. Les armées devraient alors consentir plus que les 54.000 suppressions de postes imposées par le Livre blanc.


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