jeudi 19 octobre 2017

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Les RG disparus, l’Etat tente tant bien que mal de garder ses capteurs sociaux

Cecile Cornudet, Les Echos

vendredi 28 mai 2010, sélectionné par Spyworld

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La « veille sociale », l’une des fonctions traditionnelles des anciens RG, serait fragilisée par la réforme du renseignement intérieur engagée en 2008 et le rapprochement entre police et gendarmerie.

Combien de manifestants descendront dans la rue contre cette réforme ? Telle organisation va-t-elle dériver vers des comportements dangereux… ? Cette capacité de « veille sociale » dont disposait l’Etat jusqu’à ces dernières années et cette acuité qu’il avait à déceler les zones de fragilité potentielles du territoire seraient en train de s’éteindre. Telle est en tout cas l’inquiétude qu’expriment couramment, mais en privé, des responsables gouvernementaux et des acteurs du maintien de l’ordre. En privé seulement. Le sujet est des plus sensibles, ne serait-ce que parce qu’il touche à deux réformes ardemment défendues par le président de la République : celle du renseignement intérieur et le rapprochement entre la police et la gendarmerie.

Les inquiets estiment que la mission traditionnelle de veille sociale des Renseignements généraux a fortement pâti de la décision de Nicolas Sarkozy de faire de la lutte antiterroriste sa priorité absolue. Le chef de l’Etat a créé à cet effet, en 2008, la DCRI (Direction centrale du renseignement intérieur), réunissant les deux anciens services secrets de la police, la DST et les RG. Du moins dans leur composante antiterroriste. La partie des RG travaillant à des missions « d’aide à la décision » a, elle, été transférée à une nouvelle sous-direction de la Sécurité publique, la SDIG (sous-direction des informations générales). Da ns le transfert, beaucoup de pertes de compétences, estiment les pessimistes, d’autant que les gendarmes sont invités à rejoindre la nouvelle entité, ce qui se fait dans la douleur et la rivalité. « Le métier des petits besogneux locaux s’est perdu », relève un spécialiste des mouvements sociaux. Recours aux études et sondages

La veille sociale constituait pourtant - avec les prévisions électorales -l’une des fonctions traditionnelles des Renseignements généraux. Les RG étaient partout -et ouvertement -, dans les cortèges et les congrès, pour suivre au plus près l’activité des acteurs sociaux et politiques du pays. Combinés au renseignement de la gendarmerie, organisé, lui, au niveau départemental, ils constituaient autant de « capteurs » -certes imparfaits -du climat social et alimentaient les ministres travaillant sur les réformes sensibles, les préfets garants de la sécurité départementale et les forces de l’ordre soucieuses d’apporter une réponse adaptée à une situation donnée.

L’Etat retrouvera-t-il ces compétences une fois les réformes digérées ? Pour la SDIG, c’est évident. « Nous avons récupéré 80 % des fonctionnaires anciennement dévolus à ces questions, nous continuons à nous renforcer, nous avons été compétents sur les retraites, les paysans et Mayotte et nous produisons plus de notes que les RG dans le passé », explique Serge Guillen, son responsable.

En attendant, les faiblesses ressenties par certains depuis 2008 ne seraient pas pour rien dans le poids pris dans l’équipe élyséenne par Raymond Soubie, « capteur » à lui tout seul du climat social. Et par l’utilisation massive faite par le chef de l’Etat d’études et de sondages.


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