lundi 16 octobre 2017

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Drones tactiques : l’État appelé à une décision rapide

Véronique Guillermard, le Figaro

jeudi 10 juin 2010, sélectionné par Spyworld

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Le tandem Dassault-Thales est prêt à former une alliance européenne.

Ils ont fait leurs preuves sur le terrain en Irak ou en Afghanistan. Ils sont les vedettes de l’édition 2010 d’Eurosatory, le salon de la défense terrestre et aéroterrestre qui ouvre ses portes lundi à Paris-Villepinte. Les drones, c’est-à-dire les avions sans pilote utilisés pour des missions d’observation, de surveillance et, demain, d’attaque, sont devenus des outils indispensables aux armées dans les conflits modernes.

Le Livre blanc de la défense l’a mis en exergue ainsi que le rapport des députés Yves Vandewalle et Jean-Claude Viollet. L’Armée de l’air a exprimé le besoin d’acquérir une capacité en drones de nouvelle génération Male (moyenne altitude longue endurance) tactique afin de tenir son rang et d’accomplir ses missions dans le cadre de coalitions notamment. Les trois drones (le quatrième est attendu cet été) Harfang livrés par EADS en 2008 « ne le permettent pas » et « constituent une solution intérimaire », réagit un porte-parole de l’Armée de l’air.

De leur côté, les industriels ont soumis depuis trois ans des propositions à la Direction générale de l’armement et au ministère de la Défense. Et ils s’impatientent. « Nous avons besoin d’une décision », a déclaré hier Éric Trappier, directeur général international de Dassault Aviation, au cours d’une conférence commune avec Thales, dont il est l’actionnaire privé de référence ainsi que le partenaire dans les drones. Il est temps, juge le tandem, que l’État tranche ou qu’il « lance un appel d’offres » afin d’y voir plus clair. EADS qui milite pour une offre concurrente, salue cet appel à une décision rapide que Louis Gallois, son président, juge « indispensable en 2010 ».

Coopération avec BAE

« Certes, il existe des contraintes budgétaires mais nous avons besoin de ces budgets pour préparer l’avenir et maintenir les bureaux d’études. Je vois mal la France être absente du secteur des drones, devenu stratégique », a estimé Éric Trappier. « Si l’État prend une décision avant la fin 2011, notre drone sera disponible pour 2015 », a précisé Pierre-Éric Pommelet, directeur adjoint de Thales en charge de la défense.

Le duo a proposé en mai 2008 de développer le SDM, un drone Male tactique, à partir du Heron TP, une plate-forme existante fabriquée par l’israélien IAI, et dont le contenu sensible - les capteurs - sera totalement à la main des industriels français et européens. Le coût du SDM atteint 700 millions d’euros, selon le rapport Vandewalle-Viollet. Face au SDM, EADS oppose son Talarion, fruit d’une coopération tripartite entre la France, l’Allemagne et ­l’Espagne. EADS estime son coût à 1,4 milliard d’euros. Les trois pays ont financé entre 2007 et l’été 2009 60 millions d’euros en études puis ont coupé les fonds. EADS a poursuivi seul l’investissement.

D’autres options existent. D’abord, acheter un drone qui a fait ses preuves, en l’occurrence le Predator de l’américain General Atomics. Ce qui signifierait renoncer à l’indépendance européenne en matière de drone car une telle décision engagerait la France dans le système américain pour au moins un quart de siècle. Paris pourrait aussi augmenter le dispositif Harfang - une offre pour quatre nouveaux systèmes a été soumise à la DGA - afin de se donner du temps dans la perspective d’une coopération européenne autonome. À cet égard, Dassault et Thales, forts de l’expérience du second en matière de coopération avec les Britanniques dans les drones (programme Watchkeeper), sont prêts à travailler avec BAE Systems. « Des discussions sont en cours entre Londres et Paris pour financer des études », a précisé Thales. « Nous sommes aussi ouverts à une coopération européenne plus large du moment qu’il y a un réel maître d’œuvre et un réel maître d’ouvrage. » Un projet qui pourrait démarrer avec une poignée d’acteurs puis s’élargir à l’instar de Neuron, le démonstrateur de drone de combat, piloté par Dassault Aviation.

Face à l’offensive des industriels, le ministre de la Défense reste serein et ne veut pas céder à la pression. « Il n’y a pas d’urgence à trancher », souligne-t-on.


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