lundi 18 décembre 2017

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Les industriels de l’armement terrestre redoutent les plans de rigueur européens

Dominique Gallois, le Monde

lundi 14 juin 2010, sélectionné par Spyworld

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L’ambiance est morose au Salon de l’armement terrestre Eurosatory, qui a ouvert ses portes, lundi 14 juin, et jusqu’au dimanche 18, à Villepinte, près de Paris : la contraction des budgets de défense en Europe, dans le cadre des plans de rigueur, est en toile de fond de la plus importante manifestation mondiale consacrée, tous les deux ans, à l’armement (terrestre, aéroterrestre, sécurité).

Des mesures drastiques sont en cours, de l’Espagne au Royaume-Uni en passant par l’Allemagne. En France, le gouvernement cherche 5 milliards d’euros d’économie sur trois ans et les industriels redoutent que les coupes importantes affectent les achats d’équipements plutôt que le budget de fonctionnement des armées.

"Il ne faut pas recommencer les erreurs des années 1990, prévient Hervé Guillou, président d’EADS défense & sécurité. A l’époque, on a sacrifié les budgets de recherche et développement pour maintenir les capacités de production. On s’est réveillé au début des années 2000 en se rendant compte que nous n’avions rien fait en matière de drones", souligne-t-il. Pendant ce temps, Américains et Israéliens confortaient leur avance. Il ne faut pas non plus que les réductions "entament le socle, c’est-à-dire le niveau d’activité en dessous duquel une entreprise perd de manière irréversible ses compétences industrielles et techniques", prévient Antoine Bouvier, PDG du fabricant de missiles MBDA.

Le troisième danger concerne l’avenir de la coopération européenne. Poussé par un repli nationaliste, un pays risque de supprimer un programme dans lequel il est peu impliqué sans regarder les conséquences sur le long terme. "La situation est paradoxale, affirme M. Bouvier. La tentation est grande, en cas de crise, de trancher dans les programmes de coopération. Or c’est l’inverse qu’il faut faire. Car plus les temps sont difficiles, plus ces programmes sont nécessaires. Ils permettent de partager les risques et d’avoir des séries plus longues à produire à des coûts unitaires plus bas."

La priorité est "d’éviter les effets domino qui remettraient en question des programmes internationaux de défense", prévient Louis Gallois. Le président exécutif d’EADS se dit "prêt au dialogue" avec les gouvernements européens afin de se coordonner pour "limiter les dégâts".

Si le ciel européen s’assombrit, les marchés à l’exportation restent porteurs. "Nous observons une croissance à l’exportation de 10 % à 20 % hors de la zone euro, dans des pays comme l’Arabie saoudite, le Qatar et le Brésil", constate M. Guillou (EADS).

Cette activité est principalement soutenue par la vente de matériels de sécurité ou d’équipements destinés à la surveillance des frontières. M. Bouvier s’inquiète de "l’écart qui se creuse entre l’Europe et le reste du monde".

Illustration des indécisions liées à cette période d’ajustement budgétaire : le report de l’annonce de l’attribution de la première phase du contrat Scorpion (modernisation des équipements de l’armée de terre), qui était attendue à l’ouverture d’Eurosatory. Les vainqueurs de la compétition sont pourtant connus : Thales, Nexter (ex-GIAT) et Sagem, qui ont été préférés à EADS pour bâtir l’architecture de ce programme.

Si le montant du premier contrat est peu élevé (autour de 20 millions d’euros sur trois ans), il devrait être suivi par des appels d’offres portant sur l’achat de blindés et l’installation de systèmes électroniques et de télécommunications d’un montant de 10 milliards d’euros sur quinze ans. Vu l’ampleur des investissements, Scorpion risque de connaître des décalages de calendrier.

Le ministère de la défense devrait profiter de cette période pour inciter les industriels à se regrouper en France mais aussi à nouer des alliances en Europe. Premier dossier à rouvrir : le rapprochement Thales-Safran dans l’optronique, pour constituer le numéro deux mondial. Les discussions ont échoué voici un mois malgré les pressions du ministre de la défense, Hervé Morin. En guise de sanction, le ministère a décidé de proroger le gel des financements des projets de recherche et de technologie destinés aux deux groupes.


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