mercredi 13 décembre 2017

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Le général Rondot, maître espion, tire sa révérence

Georges Malbrunot, le Figaro

mardi 10 janvier 2006, sélectionné par Spyworld

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A 69 ans, le général Rondot met un terme à ses fonctions de conseiller pour le renseignement et les opérations spéciales auprès du ministre de la Défense, Michèle Alliot-Marie.

LE 31 DECEMBRE, le général Philippe Rondot a discrètement quitté son bureau « des secrets perdus » de la rue Saint-Dominique, à Paris. Le maître espion a emporté avec lui ses 40 volumes d’archives méticuleusement reliés, fruit de près d’un demi-siècle d’actions secrètes au service de l’Etat. « Je vais sans doute les remettre au service historique des armées, mais je me méfie de certains regards indiscrets », confesse ce militaire qu’aucune photo officielle n’a jamais montré. Les curieux devront attendre... 60 ans avant qu’elles soient déclassifiées.

Exfiltration du général Aoun de Beyrouth, libération d’otages au Liban et en Irak, traque d’Oussama Ben Laden et des criminels de guerre serbes, rencontre avec Abou Nidal pour stopper les attentats en France... Rondot a été associé à la plupart des actions antiterroristes et des opérations spéciales des dernières décennies. « Avec lui, dit Charles Pasqua, ancien ministre de l’Intérieur, ce n’est pas le titre qui compte mais le crédit qu’on (lui) accorde. » Ainsi, quand une affaire d’otages en Irak piétine, c’est Rondot que Jacques Chirac envoie à Bagdad vérifier qu’agents secrets et diplomates travaillent main dans la main.

Parmi les exploits qui ont forgé sa légende, la capture, en 1994 au Soudan, du terroriste international Carlos, après vingt ans de traque, est l’exploit « qui m’a apporté le plus de satisfaction », raconte-t-il, en offrant une douceur syrienne à son visiteur. « Je ne le voulais pas mort, mais devant la justice. Je l’ai eu par hasard. J’étais au Soudan pour voir Tourabi (l’idéologue du régime islamiste, NDLR) quand j’ai croisé Carlos dans un hôtel en train d’acheter des journaux. J’ai monté un dossier d’objectifs, photos à l’appui. Je suis rentré à Paris et, à mon retour à Khartoum, j’ai dit aux Soudanais : « J’ai la preuve que vous abritez Carlos. Je vous donne un mois pour qu’on le capture. Sinon, je livre les photos à l’ONU. Vous risquez des sanctions. » Tourabi m’a dit oui. J’ai monté l’opération avec son chef des services de renseignements. Carlos était à l’hôpital pour une opération aux testicules, un comble pour un coureur de femmes. Il a été fait comme un rat, trahi par son garde du corps et sa charmante épouse. Dans l’avion, au-dessus du Caire, j’ai appelé l’Elysée et Pasqua pour leur dire que je l’avais. »

Militaire atypique

Cet homme au physique anodin affiche pourtant la modestie de ceux que leurs prouesses apaisent. Rondot est un espion atypique. Homme de l’ombre, mais aussi intellectuel. Docteur en sociologie des relations internationales, il a écrit plusieurs livres sur le Proche-Orient, sa région d’élection. Fin décembre, le président de la République l’a encore consulté à propos du Liban et de la Syrie. Des entretiens en tête-à-tête, au grand dam des conseillers du prince.

Espion à l’ancienne, Rondot tisse sa toile seul. Mais il n’est pas un électron libre, adepte des réseaux parallèles. « C’est quelqu’un de loyal qui rend compte toujours à son autorité de tutelle », constate Christian Bonnet, l’ancien patron de la DST, où Rondot travailla pendant plus de quinze ans. Ses méthodes de loup solitaire dérangent autant certains de ses collègues que l’institution elle-même. Sa carrière a d’ailleurs failli être brisée lorsqu’à ses débuts son chef le soupçonna d’entretenir des liens avec la Securitate roumaine, où il était alors en poste. Une cabale qui le poursuivit jusqu’au début des années 1980 lorsque Charles Hernu, ministre de la Défense, transmit à son collègue des Affaires étrangères, Claude Cheysson, une lettre réveillant ce « doute insoutenable ».

Ce saint-cyrien a pourtant réussi le tour de force de travailler à la fois à la DST et à la DGSE, deux services souvent rivaux. En 1991, il participe à la création de la Direction du renseignement militaire. A partir de 1997, il conseillera les différents ministres de la Défense, qu’ils soient de droite ou de gauche.

Un spécialiste du Proche-Orient

Ses réseaux en font un homme indispensable. Au Proche-Orient, surtout, où son père, le général Pierre Rondot, créa les Services de renseignements du Levant, dans les années 1940, à l’époque du mandat français. Il y connaît la plupart des patrons des polices secrètes, avec lesquels il regardait parfois des vidéos un peu lestes au sous-sol de leur maison.

Avec « deux vieux copains », cet intrépide homme de terrain va partir marcher en Asie. Mais, à l’Elysée, comme auprès du premier ministre Dominique de Villepin, qu’il connaît bien, le général Rondot n’en a pas fini d’être écouté. Peut-on se passer de ce monument du renseignement français ?


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