lundi 16 octobre 2017

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Le budget du SCRS a bondi de 179 % depuis 2000

Alec Castonguay, Ledevoir.com

mercredi 30 juin 2010, sélectionné par Spyworld

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Le Service canadien du renseignement de sécurité (SCRS) connaît une hausse sans précédent de ses effectifs et de son budget, au point où sa croissance force la construction d’un nouveau siège social, au coût de 70 millions de dollars, dans la région d’Ottawa.

Selon les informations compilées par Le Devoir, depuis dix ans, le budget des services secrets du gouvernement fédéral a bondi de 179 %, soit l’une des hausses les plus rapides dans tout l’appareil étatique. En 2000, son enveloppe budgétaire était de 179 millions de dollars, alors qu’elle frôle les 500 millions cette année. Il s’agit d’un record depuis que le SCRS a vu le jour, en 1984.

Même phénomène en ce qui concerne le nombre d’employés de l’organisme, qui mène ses activités dans la discrétion. La hausse est de 40 %. Il y a dix ans, 2091 personnes oeuvraient au SCRS, alors qu’elles sont près de 3000 aujourd’hui.

Les récentes controverses entourant les coûts de la sécurité des sommets du G8 et du G20, ainsi que les agissements des forces de l’ordre en fin de semaine à Toronto, ont fait sortir de l’ombre le SCRS.

Dans le cadre du G8 et du G20, le SCRS a obtenu 3,1 millions de dollars supplémentaires pour mener à bien ses recherches et ses opérations. On est toutefois loin du budget de la Gendarmerie royale du Canada (GRC), qui a obtenu la rondelette somme de 507 millions de dollars pour les deux événements.

Des agents du SCRS étaient présents lors du G20 de Toronto, en fin de semaine. Ses hommes avaient à l’oeil des cibles bien précises, selon les informations obtenues. Leur objectif n’est pas, contrairement aux corps policiers, d’empêcher le vandalisme ou de débusquer les criminels. « On parle d’une infiltration plus subtile. Le travail numéro un du SCRS, c’est le terrorisme », explique au Devoir un haut fonctionnaire qui a requis l’anonymat pour pouvoir parler franchement.

En date du 10 mai 2010, le SCRS surveille étroitement un peu plus de 200 personnes au Canada soupçonnées de terrorisme.

Pourtant, les probabilités que se produise un acte terroriste à Toronto étaient faibles, de l’aveu même de Richard Fadden, le grand patron du SCRS. « Nous croyons que personne n’est réellement intéressé à causer des troubles de cet ordre », avait-il dit sur les ondes de CBC. M. Fadden soutenait que les terroristes préfèrent frapper lorsqu’on ne les attend pas et que la sécurité est plus faible. M. Fadden a toutefois ajouté que des « groupes anarchistes » et d’autres extrémistes pourraient passer à l’action.

Le journaliste Fabrice de Pierrebourg, coauteur du livre intitulé Ces espions venus d’ailleurs : enquête sur les activités d’espionnage au Canada (Stanké), affirme que le SCRS entre en action dès qu’une importante menace pour la sécurité du Canada se présente. « Son mandat est de collecter des renseignements, que ce soit du terrorisme ou d’autres groupes. C’est certain que des agents étaient présents aux G8 et G20 », dit-il.

De plus en plus présents à l’étranger

Contrairement à plusieurs agences de renseignement dans le monde, le SCRS dirige la vaste majorité de ses activités ici même, au Canada. À peine 50 agents sont postés dans 30 pays, généralement dans les ambassades.

Mais ce rôle « évolue » rapidement et les activités à l’étranger se multiplient, confirme Marc Boyer, porte-parole de l’organisme. « De plus en plus, le SCRS mène des opérations et recueille des renseignements de sécurité à l’étranger, dont un grand nombre dans des régions jugées à haut risque. »

Le SCRS est notamment présent en Afghanistan, auprès des soldats canadiens. L’agence a également travaillé à la libération d’otages canadiens pris dans les filets d’al-Qaïda, notamment en Afrique.

Le SCRS a un mandat proactif, de sorte qu’il peut agir sans attendre qu’un crime soit commis. Un rôle discret qui peut déclencher des controverses, comme la semaine dernière, lorsque Richard Fadden a révélé à CBC que son organisme enquête sur des politiciens provinciaux au Canada.

Des ministres d’au moins deux provinces canadiennes, ainsi que des politiciens municipaux de la Colombie-Britannique, seraient sous l’influence de pays étrangers, selon M. Fadden. Il a refusé de nommer ces politiciens, affirmant ensuite que « le SCRS estime que ces cas ne sont pas suffisamment préoccupants pour les porter à l’attention des autorités provinciales ». N’empêche, la controverse a fait rage au Canada anglais.

À l’étroit

La rapide croissance du SCRS depuis une décennie a forcé l’organisme à lancer la construction d’un nouveau siège social, au coût de 69,5 millions, en banlieue d’Ottawa, qui sera prêt en 2011. L’augmentation des ressources a commencé en 2000, sous un gouvernement libéral. Les attentats du 11 septembre 2001 aux États-Unis ont alors amené Ottawa à enrichir les services secrets canadiens. L’arrivée au pouvoir des conservateurs n’a rien fait pour ralentir la croissance. Le budget a grimpé de 20 % et le nombre d’employés, de 21 %, depuis 2006.

L’augmentation des ressources est nécessaire dans le contexte mondial actuel, selon Marc Boyer. « Le monde est plus dangereux et moins prévisible de nos jours qu’il ne l’était à la création du SCRS, entre autres à cause du nombre d’États déliquescents et de l’émergence de nombreux groupes violents comme al-Qaïda. »

Dans les années 80, poursuit le porte-parole, 80 % des ressources opérationnelles du SCRS étaient affectées au contre-espionnage. « Aujourd’hui, l’antiterrorisme absorbe la grande majorité des ressources », dit Marc Boyer.

Le gouvernement fédéral n’avait pas d’autre choix que d’augmenter les ressources du SCRS, affirme Fabrice de Pierrebourg. « On a négligé certains aspects de la menace dans les dernières années, notamment dans l’espionnage industriel, très présent. Les autres pays sont très actifs sur ce front. Le Canada ne peut pas rester les bras croisés », dit-il.


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