mercredi 18 octobre 2017

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Un homme est passé. Pierre Marion et la DGSE

Gérald Arboit, CF2R.org

mardi 6 juillet 2010, sélectionné par Spyworld

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Rien ne prédisposait ce polytechnicien soixantenaire à diriger les services de renseignement français. Né le 24 janvier 1921, ce Marseillais avait été reçu au concours d’entrée de cette école d’ingénieurs au statut militaire, le 3 septembre 1939[1]. Le même jour, la France déclarait la guerre à l’Allemagne. Pour lui, comme pour ses condisciples les plus jeunes de la promotion, ce fut une version scolaire de la « drôle de guerre ». Six mois durant, il suivit des cours inutiles en attendant d’être affecté à l’Ecole militaire et d’application du génie de Versailles[2]. Le 11 juin 1940, en pleine débâcle, l’institution prenait le chemin de l’exode vers le sud de la France, avec un détachement de cheval, sur des routes déjà bien encombrées. Arrivé dans le Tarn, le sous-lieutenant Marion fut affecté au 7e régiment de génie d’Avignon, où s’était repliée l’Ecole, en attendant la reprise de sa scolarité à Polytechnique. En octobre, il gagnait Lyon le « moral en berne », retrouver « une promotion amputée du tiers de ses effectifs, morts ou prisonniers. (...) Par dépit et colère, désespéré », il se réfugiait dans ses études[3]. Comme beaucoup de jeunes hommes de cette époque, il n’avait pas entendu l’appel du général de Gaulle et ne rejoignit pas la résistance, faute d’y avoir de contact avant 1944. Peu attiré par la chose militaire, qui plus est dans le climat délétère de la défaite, et encore par l’administration, jugée trop « fonctionnarisé[e] », ou l’entreprise privée, du fait de ses « origines modestes », il se tourna en octobre 1942, à sa sortie de Polytechnique, vers Air France. Son choix pour une entreprise publique n’était pas qu’idéologique ; il lui était aussi imposé par un rang de classement peu prometteur, « bien qu’honorable »[4].

Rien ne semblait disposer cet homme à intégrer les services français de renseignement extérieur, et encore moins à les diriger. Homme de gauche, il l’était mais il s’agissait plus d’une conviction - par piété familiale - que d’un réel engagement. Au contraire, ses réseaux le qualifiaient volontiers pour devenir un homme de l’ombre[5]. Seules ses compétences entrepreneuriales firent qu’il ne put être compris par un autre homme de réseau qu’était François Mitterrand, président socialiste de la République. Il en fit un homme lâché par l’exécutif qu’il entendait servir. Le climat dans lequel Pierre Marion accomplit son action l’empêchait de trouver un quelconque dans l’institution qu’il avait contribué à réformer.

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