dimanche 22 octobre 2017

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Décès d’un ancien espion russe

Fabrice de Pierrebourg, Ruefrontenac.com

mardi 20 juillet 2010, sélectionné par Spyworld

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Un ancien espion russe qui a déjà affirmé avoir recruté cinq taupes bien placées à Ottawa, dont un député conservateur, est décédé dans des circonstances que certains jugent troublantes à son domicile aux États-Unis, où il vivait depuis sa défection à l’automne 2000.

Sergeï Tretyakov est décédé officiellement d’une crise cardiaque chez lui en Floride le 13 juin dernier. Mais cet événement a été soigneusement tenu secret, le temps qu’une autopsie soit pratiquée.

C’est le journaliste et auteur Pete Earley, auteur d’un ouvrage – Comrade J – sur ce transfuge qui était devenu son ami, qui l’a finalement révélé sur son blogue il y a quelques jours.

Son épouse Helen a livré quelques détails sur les circonstances de la mort de « Camarade Jean ». Celle-ci serait survenue peu après son réveil, pendant qu’ils discutaient de leurs projets pour l’Independence Day à venir. Sergeï Tretyakov se serait levé subitement de table, a-t-elle raconté, avant de s’effondrer au sol, victime d’une attaque cardiaque. Les ambulanciers n’auraient rien pu faire pour le réanimer.

« L’autopsie n’a rien montré de suspect, a raconté Helen. C’est une mort soudaine et tragique de cause naturelle. »

Selon elle, son défunt mari ne craignait pas d’être assassiné par ses ex-collègues qui auraient pu lui faire subir le même sort qu’Alexandre Litvinenko par exemple, empoisonné à Londres en 2006.

Des doutes sur sa mort

Ces affirmations ne convainquent pas tout le monde. Dès que ce décès a été connu, la machine à rumeurs s’est mise en marche. Logique, tant l’histoire de l’espionnage regorge de ces histoires de morts trop étranges pour être naturelles. D’autant plus que, par un curieux hasard, Tretyakov a quitté brutalement ce monde moins de deux semaines avant le démantèlement d’un réseau d’une dizaine d’espions russes implanté à New York, Boston et Seattle.

Autre coïncidence, ces espions venus du froid étaient, semble-t-il, sous surveillance depuis une dizaine d’années. Or, c’est en octobre 2000 que Sergeï Tretyakov, accompagné de sa femme, de sa fille et de leur gros chat persan, a quitté pour la dernière fois son appartement de fonction dans le Bronx pour offrir ses services aux Américains. Celui qui travaillait alors au service de presse de la mission russe auprès de l’ONU n’est pas parti les mains vides, emportant avec lui des milliers de documents secrets. L’ex-agent du KGB (devenu SVR) aurait balancé les noms de ses agents et contacts aux États-Unis et Canada.

Une taupe à la Chambre des communes ?

Sergeï Tretyakov était en poste à l’ambassade de Russie à Ottawa pour le compte des services secrets russes de 1990 à 1995 environ. Un ex-agent de renseignement canadien qui l’a connu à cette époque – et que Rue Frontenac a interrogé – n’est pas prêt à souscrire à la thèse de la mort naturelle. Il se dit même « pas surpris » de cette fin tragique. Toujours selon lui, Tretyakov avait voulu faire défection au Canada, mais ses avances avaient été repoussées par Ottawa.

Dans le livre de Pete Earley, on apprend que Tretyakov avait recruté plusieurs sources d’importance, en particulier un ex-député conservateur qui a farouchement nié ces allégations. Il s’était aussi constitué un petit réseau d’informateurs, parfois involontaires, dans les sphères politiques, diplomatiques et journalistiques. Ceux que le KGB appelait les « idiots utiles ».

Des révélations sérieuses très vite balayées du revers de la main tant à Ottawa qu’à Moscou et qualifiées de fabulation.

Mais ces histoires d’infiltration de l’appareil politique et gouvernemental apportent d’une certaine manière de l’eau au moulin à Richard Fadden, directeur du Service canadien du renseignement de sécurité (SCRS). On se souviendra qu’il a soulevé une controverse après qu’il eut affirmé dans une entrevue exclusive à CBC que les services de renseignement de plusieurs pays, notamment la Chine, avaient placé leurs pions dans plusieurs structures gouvernementales, en particulier dans les gouvernements de deux provinces. Il ciblait, entre autres, des ministres « sous influence » étrangère.

Des députés du Bloc québécois et du Nouveau Parti démocratique avaient par la suite réclamé sa démission pour avoir été trop bavard, alors que la pratique est répandue dans plusieurs pays occidentaux, en particulier européens. Il n’est pas rare, en effet, que des patrons de ces services secrets dénoncent, sans mettre de gants blancs, les agissements clandestins de certains pays en citant leurs noms.


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