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Guerre en Afghanistan : des archives secrètes provoquent la colère d’Obama

Leparisien.fr

mardi 27 juillet 2010, sélectionné par Spyworld

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Wikileaks, un site internet spécialisé dans le renseignement, a révélé des milliers d’archives militaires secrètes sur la guerre menée en Afghanistan. Un nombre de victimes civiles sous-estimé, des liens supposés entre le Pakistan et les insurgés, la possession par les talibans de missiles sophistiqués.

.. La publication de 92 000 documents avec force détails a provoqué la colère de Washington, mais aussi de ses alliés.

Le fondateur de ce site, l’Austalien Julian Assange, a justifié la diffusion de ces archives, en affirmant que « le bon journalisme est controversé par nature ». Ces archives qui concernent les combats menés par la coalition entre 2004 et 2009 ont été divulgués dimanche soir sur la toile après avoir été transmis au « New York Times », à l’hebdomadaire allemand « Der Spiegel », ainsi qu’au quotidien britannique « The Guardian » qui ont tous trois fait une première analyse.

Un nombre de victimes civiles sous-estimé. Selon le « Guardian », au moins 195 morts civils sont recensés dans ces archives, un chiffre « probablement sous-estimé » par rapport à la réalité. La plupart de ces décès sont provoqués par des tirs de soldats nerveux à des postes de contrôle. Mais d’autres cas sont révélés comme celui d’un homme sourd-muet, abattu alors qu’il tentait de fuir une équipe de la CIA arrivée dans son village et qui lui avait demandé de s’arrêter.

Des liens supposés entre le Pakistan et les insurgés. Les allégations les plus sensibles visent le Pakistan, allié stratégique de Washington, accusé d’autoriser des membres de ses services de renseignement à traiter directement avec les talibans. Selon le « New York Times », des agents pakistanais et des talibans se rencontrent régulièrement afin d’organiser « des réseaux de groupes d’insurgés qui combattent les soldats américains en Afghanistan, et (...) des dirigeants afghans ».

L’Iran fournirait armes et argent aux talibans. Téhéran participerait en secret à la campagne contre les forces étrangères dirigées par les Etats-Unis en Afghanistan, en fournissant aux talibans de l’argent, des armes et un entraînement.

Les talibans s’étaient servis de missile à guidage infra-rouge de la CIA. Les documents révèlent aussi que les talibans ont probablement utilisé un missile sol-air à guidage infra-rouge pour abattre un hélicoptère américain en Afghanistan en 2007, faisant sept morts. Cette arme aurait été fournie, secrètement, par la CIA du temps de l’occupation russe, dans les années 1980.

LA REACTION DES ETATS

Washington juge que de nombreux documents sont périmés... L’administration Obama a réagi avec célérité à la publication d’extraits de documents internes du Pentagone, consacrés à la situation en Afghanistan depuis 2004, pour la condamner « fermement ». Le conseiller à la Sécurité nationale du président, le général James Jones, a souligné dimanche que « les documents publiés par Wikileaks couvrent une période allant de janvier 2004 à décembre 2009 », soit avant l’annonce par Barack Obama de sa nouvelle stratégie. A Washington, le président de la commission de la Défense de la Chambre des représentants, Ike Skelton, a jugé les documents portant sur ce point comme « périmés ».

... mais craint un impact sur la sécurité nationale. Toutefois, le porte-parole du Pentagone Geoff Morrell est inquiet : « Notre priorité c’est de regarder s’il y a des choses là-dedans qui peuvent mettre nos forces en danger ». « Mais, clairement, nous voulons savoir qui a fait ça et s’assurer qu’il n’y a pas d’autres choses qui vont fuiter », a-t-il ajouté. Le département d’Etat américain a du reste indiqué qu’une enquête avait été ouverte pour retrouver la source à l’origine de la diffusion des ces documents et estimer son impact sur la sécurité nationale.

Le Pakistan : « Des informations biaisées » , la Maison-Blanche à la rescousse. Le porte-parole du ministère pakistanais des Affaires étrangères, Abdul Basit, a affirmé que « ces informations sont biaisées, tirées par les cheveux, et n’ont évidemment rien à voir avec la réalité ». Interrogé sur la collusion entre des éléments du renseignement pakistanais et les talibans mise en avant dans les documents, le porte-parole de la Maison Blanche, Robert Gibbs, a préféré évoquer les progrès selon lui enregistrés avec Islamabad sur le dossier de la lutte contre l’extrémisme. Les pressions américaines ont « amélioré cette relation », même si « personne ne va dire que la mission est accomplie », a-t-il dit. Les Etats-Unis ont averti par ailleurs le Pakistan ainsi que l’Afghanistan de la publication à venir par le site internet Wikileaks de documents américains confidentiels.

L’Allemagne, guère étonnée, condamne les fuites. Berlin a demandé lundi que les archives secrètes sur le soutien supposé de l’Iran et du Pakistan aux talibans, tirées de documents confidentiels américains, soient « examinées ». « Je me vois (...) conforté dans ma position qui a consisté à ne jamais embellir la situation en Afghanistan, qui est exceptionnellement grave », a-t déclaré le ministre des Affaires étragères, Guido Westerwelle. « Il n’en reste pas moins que l’engagement (en Afghanistan) est nécessaire de l’avis du gouvernement allemand car il en va de notre sécurité en Europe et en Allemagne », a-t-il ajouté. A Berlin, un porte-parole du ministère de la Défense a critiqué les fuites de documents confidentiels ayant trait à la guerre en Afghanistan, tout en estimant qu’ils ne contenaient rien de nouveau.

Le Royaume-Uni serein. Le chef de la diplomatie britannique William Hague a pour sa part émis à Bruxelles l’espoir qu’aucune des fuites sur la situation en Afghanistan « n’empoisonne l’atmosphère » sur place, « et je ne pense pas qu’elles le feront ». « Je n’ai pas vu (les derniers documents) dans le détail, mais ils ne devraient pas porter préjudice à l’effort international », a-t-il ajouté.


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