vendredi 15 décembre 2017

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L’affaire WikiLeaks inquiète le renseignement américain

AFP

mercredi 28 juillet 2010, sélectionné par Spyworld

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La publication par le site WikiLeaks.org de milliers de documents secrets de l’armée américaine sur la guerre en Afghanistan suscite l’inquiétude de responsables du renseignement américain : elle risque, selon eux, de mettre en péril les réseaux antiterroristes des Etats-Unis dans la région de l’Afghanistan et de porter préjudice à l’échange d’informations avec les pays alliés. Lire

Des personnes en Afghanistan ou au Pakistan qui ont collaboré avec les Américains dans la lutte contre les talibans ou Al-Qaïda pourraient se trouver en danger après la publication des documents, avertissent des responsables actuels et passés du renseignement américain. De leur côté, les alliés de Washington se demandent sans doute s’ils peuvent se fier aux Américains pour garder des secrets.

Selon le colonel Dave Lapan, porte-parole du Pentagone, il faudra des semaines pour examiner tous les documents afin de déterminer "les dégâts potentiels pour la vie de nos militaires et pour nos partenaires de coalition".

Le réseau de renseignement humain constitué depuis dix ans par les Américains en Afghanistan et au Pakistan comprend des anciens de villages afghans qui ont collaboré avec les troupes américaines ou encore des militants islamistes devenus agents doubles. WikiLeaks affirme cependant avoir agi de manière responsable en s’abstenant de diffuser quelque 15.000 documents qui contiendraient des noms d’Afghans ou de Pakistanais ayant aidé les soldats américains.

Mais pour l’ancien directeur de la CIA Michael Hayden, les documents déjà publiés par le site sont une aubaine pour les ennemis des Etats-Unis. "Si j’avais trouvé ce trésor sur les talibans ou Al-Qaïda, je l’aurais qualifié d’inestimable", a-t-il déclaré lundi. "J’aurais adoré savoir ce qu’Al-Qaïda ou les talibans pensaient d’un sujet précis en 2007, par exemple, parce que je pourrais dire qu’ils ont eu raison ou tort sur tel ou tel point."

M. Hayden prédit que les talibans utiliseront tout ce qui a été publié sur les frappes américaines et les renseignements ayant servi à leur préparation pour tenter de rechercher et punir des "traîtres" qui ont travaillé avec les Américains. "Il est possible que quelqu’un soit tué dans les prochains jours", prévient de son côté l’ancien officier du renseignement Robert Riegle, qui dirige Mission Concepts, une société privée de renseignement.

Les révélations de WikiLeaks pourraient également nuire aux efforts américains pour nouer une coopération avec le service de renseignement pakistanais, l’ISI, car parmi les documents publiés figurent des messages américains se plaignant d’une collusion entre l’ISI et les talibans. "Il n’y aura aucune coopération" avec l’ISI, prédit M. Riegle.

Les données publiées dimanche pourraient aussi être utiles de manière plus large à des rivaux des Etats-Unis, comme la Chine et la Russie, qui ont les moyens de traiter ces informations, souligne Ellen McCarthy, ex-officier du renseignement et présidente de l’Alliance du renseignement et de la sécurité nationale.

M. Hayden ajoute : "Si j’étais le chef du renseignement russe, je réunirais mes meilleurs agents anglophones et leur dirais : ’lisez chaque document, et dites-moi ce que valent ces gars. Quelles sont leurs approches, leurs forces, leurs faiblesses ?’"

De son côté, l’ancien responsable de la CIA Paul Pillar craint que l’affaire WikiLeaks ne mette un frein à la coopération entre les agences américaines de renseignement, qui avaient été poussées à échanger davantage leurs informations après les attentats du 11 septembre 2001.


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