dimanche 17 décembre 2017

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Wikileaks, une machine à scoops efficace mais opaque

Marie Herbet, le Figaro

jeudi 29 juillet 2010, sélectionné par Spyworld

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Le but de ce site participatif est de faire la lumière sur les scandales « que le public doit connaître », en comptant sur la contribution d’informateurs anonymes. Si l’objectif est louable, le fonctionnement de l’organisation demeure peu transparent.

Ouvrir la boîte de Pandore, c’est la raison d’être de Wikileaks. Depuis sa création en 2007, ce portail a collecté plus d’un million d’informations dites « sensibles et confidentielles ». Dernier fait d’armes, qui ébranle le Pentagone : le bilan revu et corrigé des victimes collatérales du conflit afghan, auquel s’ajoute la révélation du soutien de l’Iran aux talibans. L’Australien Julian Assange, fondateur de Wikileaks et ex-hacker, se dit déterminé à démontrer que « le cours de la guerre doit changer. »

Le Pentagone n’est cependant pas le seul à avoir fait les frais de Wikileaks. Dans l’œil du cyclone : la banque islandaise Kaupthing Bank et ses prêts douteux, mais aussi la famille corrompue de l’ex-président kenyan Daniel Arap Moi, le compte e-mail privé de Sarah Palin utilisé à des fins professionnelles (ce qui est contraire à la loi), où encore les emails échangés entre les chercheurs du GIEC, à l’origine du « climategate ». Mais quels sont les rouages de cette machine à scoops et qui est aux commandes ?

« 40 personnes qui font des choses »

Un fonctionnement presque artisanal pour des retombées mondiales. A en croire les propos de Julian Assange dans le journal britannique The Guardian, WikiLeaks ne disposerait que de « cinq employés à temps plein » dont l’identité n’est pas révélée et d’une quarantaine d’autres personnes qui « font des choses très fréquemment. » Un propos paradoxalement sibyllin pour ce diplômé en mathématiques qui se targue de vouloir remettre la précision scientifique au cœur du journalisme.

Le site vit grâce à ses 10 000 donateurs, mais le budget de 600 000 euros par an ne suffit pas à couvrir les besoins puisque Wikileaks avait été contraint d’interrompre ses activités et de faire appel à la générosité de ses lecteurs en février dernier.

A l’image de Wikipedia, le portail de « fuites déontologiques » (comme se définit le site) repose sur un fonctionnement participatif. Le site invite « tous les responsables publics, bureaucrates, employés d’entreprise qui ont connaissance d’informations gênantes, que leur institution cherche à dissimuler mais que le public doit connaître » à se rendre sur Wikileaks pour communiquer leurs informations. Le site compte aujourd’hui 800 « participants occasionnels » (avocats, journalistes, défenseurs des droits humains, spécialistes du cryptage de documents).

Tiraillements juridiques

Se pose alors la question de l’anonymat des sources. « Les divulgateurs peuvent déposer des documents de façon anonyme et non identifiable », grâce aux « toutes dernières technologies de cryptographie », assure le site. Interrogé par CNN, Julian Assange affirme que l’équipe de Wikileaks a « rarement connaissance de l’identité des sources. Si nous les découvrons, nous les détruisons le plus tôt possible. » Ces gages n’ont pourtant pas suffi à préserver l’anonymat du soldat américain Bradley Manning, qui risque cinquante-deux ans de prison pour avoir transmis la vidéo d’une bavure de l’armée américaine en Irak.

L’acte relève, selon l’Etat américain, d’une atteinte à la sécurité nationale. D’où les tiraillements juridiques soulevés par l’activité de Wikileaks, dont les serveurs sont hébergés en Belgique et en Suède. L’an dernier, la divulgation de 500 000 SMS échangés par les New-Yorkais témoins du drame du 11 septembre 2001 avait déclenché un vif débat sur la protection de la vie privée.

Autre point litigieux : la fiabilité des documents diffusés par Wikileaks. Une question que le portail balaie d’un revers de main en s’appuyant sur le modèle de Wikipedia. « A la surprise d’un grand nombre de personnes, la sagesse collective d’une communauté d’utilisateurs bien informés peut permettre une diffusion, une vérification et une analyse avec rapidité et exactitude », explique le site. Wikileaks compte donc sur son bataillon de bénévoles pour effectuer ce travail minutieux de recoupement et de validation des informations divulguées par les informateurs anonymes.

L’Islande, terre d’accueil

Julian Assange n’est plus le bienvenu partout. « Certaines personnes ont peur pour ma vie », a-t-il déclaré au Guardian , ajoutant que cette crainte était sans doute infondée. Il admet cependant prendre quelques précautions en évitant de voyager dans certains pays, notamment aux Etats-Unis. L’agitateur australien est en effet dans le viseur du ministère américain de la défense qui souhaite l’entendre sur les informations qu’il obtient. Il admet passer beaucoup de temps en Islande, où le Parlement a voté en juin dernier une résolution en faveur « d’organes de presse internationaux, de startups du secteur des nouveaux medias, d’organisations de défense des droits de l’homme et de centres de données informatiques. »

Malgré les conflits juridiques et les difficultés financières auxquelles il fait face, le portail Wikileaks n’a pas revu ses ambitions à la baisse. L’objectif à long terme, un brin grandiloquent, est de devenir « l’organe de renseignements le plus puissant au monde. »


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