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Les Russes sondent l’espace aérien canadien

QMI

vendredi 30 juillet 2010, sélectionné par Spyworld

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Des avions de chasse canadiens sont intervenus, mercredi, afin de repousser des bombardiers russes qui ont tenté à quelques reprises de sonder l’espace aérien du Canada. L’Agence QMI a appris que deux CF-18 ont décollé de la base de Bagotville pour intercepter deux bombardiers russes TU-95 de longue portée.

L’interception a eu lieu à quelque 460 km à l’est de Goose Bay, au Labrador. Le ministre de la Défense Peter MacKay a indiqué à l’Agence QMI que les bombardiers se trouvaient dans une zone tampon, et bien qu’ils n’aient pas pénétré dans l’espace aérien canadien, les appareils russes étaient à l’intérieur de la zone de 300 milles nautiques que revendique le Canada. Les deux CF-18 canadiens ont escorté les TU-95 russes jusqu’à ce qu’ils quittent le secteur. « Ils (Les Russes) ne nous ont envoyé aucun avis préalable de leur manoeuvre », a dit le ministre MacKay, précisant que les avions de chasse de NORAD (Commandement intégré binational, américain et canadien, chargé de la surveillance et du contrôle de l’espace aérien du Canada et des États-Unis) ont, quant à eux, intercepté entre 12 et 18 bombardiers russes chaque année depuis 2007.

L’incident en soi est assez commun, ce qui l’est moins, c’est que le gouvernement en fasse état, comme l’explique le colonel à la retraite Michel W. Drapeau : « Ce qui est cocasse dans ce cas –ci, c’est que ça sorte et que le ministère de la Défense en ait fait rapport. C’est un événement qui pourrait alimenter les bulletins de nouvelles de deux à trois fois par semaine. On sait que le Canada est sur le point de faire l’acquisition d’avions de chasse pour remplacer les CF-18 qu’on a. Est-ce que les deux sont reliés ? Probablement », estime-t-il.

Le bombardier TU-95, surnommé l’Ours, peut transporter des armes nucléaires, et lors de cette intrusion, l’un des appareils ou les deux possédaient peut-être une ogive nucléaire. « Nous n’étions pas au courant de ce qu’ils pouvaient transporter à bord », a dit le ministre MacKay.

Les tentatives russes d’intrusion dans l’espace aérien canadien ont débuté en 2007, et sont maintenant plus fréquentes selon des militaires et spécialistes. Un responsable senior a toutefois ajouté que l’incident de mercredi ne ressemblait pas « aux embêtements habituels ».

Le Canada est dans la course avec la Russie et d’autres pays afin de revendiquer la souveraineté sur l’Arctique. Les géologues estiment que ce territoire recèle d’importantes réserves de pétrole, de gaz naturel, de diamant et de minéraux. Un compte-rendu des services de renseignement russes prédisait en 2007 que des conflits éventuels étaient possibles dans ce contexte de « course aux ressources naturelles ».

Les États-Unis, la Norvège et le Danemark revendiquent eux aussi la propriété de portions des fonds marins arctiques. Même la Chine, qui pourtant n’est pas voisine de la côte de l’Arctique, a fait des incursions maritimes dans cette région. Un amiral chinois a déclaré plus tôt cette année que puisque la Chine abritait 20% de la population mondiale, elle devrait posséder 20% des ressources de l’Arctique.

Cette incursion étrangère près de l’espace aérien canadien survient alors même que fait rage le débat sur la nécessité pour le Canada de remplacer ses CF-18 vieux de 30 ans par une nouvelle génération de chasseurs. Le gouvernement Harper s’est engagé à acheter 65 appareils F-35 au coût de 9 milliards $. Les opposants à cet achat ont déclaré que de tels avions, dignes de l’époque de la guerre froide, ne sont plus nécessaires.

Rob Huebert du Centre d’études militaires et stratégiques de l’Université de Calgary, a précisé à l’Agence QMI que les Forces armées canadiennes doivent améliorer leur flotte aérienne depuis que les Russes font de même avec leurs bombardiers. Selon lui, le Canada a besoin de cette amélioration, sinon, il devra accepter que les États-Unis interviennent à sa place.

« C’est le regain militaire de la Russie, selon l’analyste militaire Mercedes Stephenson. Les Russes veulent établir leur autorité dans le Nord. » Il ajoute qu’après la guerre froide, l’armée russe était dans un état de délabrement, mais que depuis, beaucoup d’argent a été investi afin de retrouver la fierté passée, en particulier dans les forces aériennes.

Le ministre MacKay a nié se servir de cette intrusion russe afin d’encourager l’achat des nouveaux appareils F-35 : « Même le plus cynique n’irait pas jusqu’à prétendre que nous avons manigancé la visite d’un bombardier russe pour augmenter l’appui à notre armée de l’air », a-t-il dit.


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