mardi 24 octobre 2017

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Fax secret : le gouvernement condamne la fuite

Swissinfo

jeudi 12 janvier 2006, sélectionné par Spyworld

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Le Conseil fédéral condamne la publication d’un document confidentiel portant sur de possibles prisons secrètes de la CIA installées dans l’est de l’Europe.

Mais d’aucuns, à l’instar de l’écologiste et activiste des droits de l’homme Ueli Leuenberger, invitent ce même gouvernement à prendre position sur l’existence de ces prisons.

« Agir ainsi (publier une information secrète, ndlr), c’est porter atteinte à la réputation et à la crédibilité de notre pays. C’est en outre commettre un délit », a déclaré mercredi Oswald Sigg, porte-parole du Conseil fédéral.

Le gouvernement constate que le service de renseignement stratégique a agi dans le cadre de son mandat et dans le respect des dispositions légales. L’information a été analysée et mise à la disposition des services compétents sous forme de résumé.

L’exécutif fédéral indique aussi avoir pris acte qu’une enquête en complément de preuves a été ouverte contre l’inconnu qui a remis le fax classé secret militaire au « SonntagsBlick » (qui l’a publié).

Le gouvernement ajoute qu’il donnera des informations détaillées sur cette affaire à la Délégation des commissions de gestion du Parlement dans le cadre du contrôle parlementaire.

Un secret est un secret

Mercredi, devant la presse, le ministre de la justice Christoph Blocher s’est borné à remarquer qu’il s’agissait d’un document confidentiel. Le conseiller fédéral se dit certes pour la transparence. Mais « quand c’est secret, c’est secret ».

Oswald Sigg précise que la question de possibles survols de la Suisse par des avions de la CIA a aussi été évoquée durant la réunion du Conseil fédéral de mercredi.

Là aussi, des investigations sont en cours et aucune preuve n’est à disposition. Jusqu’à récemment, il était question de 74 survols suspects.

A la limite de la servilité

Rapporteur pour le Conseil de l’Europe, le Suisse Dick Marty (interviewé par la radio romande) a la dent dure contre le gouvernement et la position qu’il assume.

« Je regrette qu’on ne saisisse pas ces occasions pour déplorer que sur notre continent, on applique des méthodes sous couvert de lutte contre le terrorisme qui sont totalement inacceptables, lance le sénateur. Des méthodes qui portent préjudice à cette lutte. »

« Face à Cuba, la Tunisie ou la Birmanie, poursuit-il, on n’hésite pas haut et fort à condamner les violations des droits de l’homme. Et je crois que c’est juste. Mais quand il s’agit du tout puissant grand frère, on est très très prudent, à la limite de la servilité. »

Et Dick Marty n’est pas le seul à critiquer le gouvernement. swissinfo s’est entretenu avec le député et vice-président du Parti écologiste suisse (PES) Ueli Leuenberger dont les propos sont tout aussi durs.

swissinfo : Le gouvernement prend position sur la publication mais pas sur le fond de l’affaire, à savoir l’existence de prisons secrètes de la CIA. Votre réaction ?

Ueli Leuenberger : Le Conseil fédéral ne peut pas faire autrement que condamner la mise sur la place publique d’une information secrète. Mais la question n’est pas là.

La question est qu’une information en possession des services secrets suisses n’a pas été utilisée comme elle aurait dû l’être. Elle aurait par exemple dû être transmise à Dick Marty, qui prépare un rapport sur cette affaire des prisons secrètes de la CIA pour le Conseil de l’Europe.

Deuxièmement, le gouvernement aurait dû protester auprès des Américains. C’est précisément parce que le Conseil fédéral n’a pas agi comme il l’aurait dû que cette information est sortie dans la presse.

swissinfo : Qu’attendez-vous maintenant de la part du gouvernement ?

U.L. : J’espère qu’il mettra autant d’énergie à dénoncer les agissements des Etats-Unis et à découvrir la vérité sur les prisons de la CIA qu’à trouver l’origine de la fuite.

J’attends du gouvernement qu’il cesse de faire des courbettes devant les Etats-Unis sur cette question. Qu’il se montre ferme.

swissinfo : Ceci dit, le gouvernement a toute latitude pour agir ou ne pas agir dans ce sens...

U.L. : La pression de la population peut s’avérer importante. On parle ici de violations des droits de l’homme et du droit suisse qui doivent être dénoncées.

Ces violations ne font qu’encourager ceux qui, dans le monde, violent le droit international.

Je dois aussi dire que, comme d’autres Verts, je me sens un peu floué. Début décembre, Daniel Vischer et d’autres ont déposé des interpellations au Parlement. Le gouvernement était au courant (du contenu du fax, ndlr) mais aucune information ne nous a été donnée.

swissinfo et les agences


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