dimanche 10 décembre 2017

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Des espions allemands ont été impliqués en Irak

Pierre Bocev, le Figaro

vendredi 13 janvier 2006, sélectionné par Spyworld

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Des révélations sur un soutien actif des services secrets allemands, qui auraient aidé les Américains pendant la guerre d’Irak, risquent d’ouvrir une crise politique à Berlin.

LES PROTESTATIONS de bonne foi pacifiste et anti-Bush du gouvernement Schröder n’ont-elles été qu’un simple écran de fumée ? Des révélations du quotidien Süddeutsche Zeitung et de l’émission télévisée Panorama font naître cette hypothèse, immédiatement exploitée par l’opposition au Bundestag.

Selon ce double « scoop », deux agents du BND, l’équivalent de la DGSE française, sont demeurés en Irak il y a trois ans, tout au long de la guerre et pourraient avoir activement contribué à l’offensive américaine. Le Bundesnachrichtendienst confirme que deux de ses membres sont restés à Bagdad après la fermeture de l’ambassade allemande le 17 mars 2003, sous couvert de la mission diplomatique française. Mais il dément qu’ils aient accordé aux Etats-Unis un « soutien actif » dans l’identification de cibles, comme l’affirme sous couvert d’anonymat un « ancien collaborateur du Pentagone » cité par les deux médias.

Deux hypothèses sont possibles. Ou bien les services secrets allemands ont poursuivi, dans une initiative corporatiste, la coopération avec leurs homologues américains. « Ils se sont excusés (auprès d’eux) du comportement du gouvernement Schröder », explique l’Américain anonyme à la télévision qui a diffusé son enquête hier. Ce serait alors un cavalier seul à l’insu du chancelier, qui avait en grande partie réussi à se faire réélire en 2002 par le refus affiché de la guerre en Irak. Dans ce cas, des comptes seraient sans nul doute demandés à August Hanning, qui était à l’époque patron du BND et vient d’être nommé secrétaire d’Etat au ministère de l’Intérieur de la grande coalition d’Angela Merkel.

Ou bien, et ce serait politiquement bien plus explosif, la coopération du BND était sanctionnée, tacitement ou non, par le pouvoir politique. Tout aussi anonyme, un homme du BND a confié à Panorama que « malgré les perturbations dans les relations entre Berlin et Washington, la décision politique a été prise de poursuivre la coopération étroite entre les services secrets ». Dans le collimateur, il y aurait alors Ernst Uhrlau, coordinateur des services à la Chancellerie en 2003 et précisément président du BND depuis deux mois. Mais surtout Frank-Walter Steinmeier, le nouveau chef de la diplomatie allemande qui était au moment des faits ministre à la Chancellerie et bras droit de Gerhard Schröder.

Officiellement, le BND confirme la présence de deux agents à Bagdad, mais dans le seul « cadre de leur mission officielle » qui consistait à « recueillir et analyser des informations » pour le compte du gouvernement. En aucun cas, selon cette prise de position écrite, ils n’ont « mis à disposition (des Américains) des données sur des cibles de bombardement ».

Décoration américaine

A en croire les révélations, pourtant, c’est précisément ce qu’ils ont fait, à une occasion à tout le moins. Le 7 avril 2003, les services secrets américains croient savoir que Saddam Hussein et ses proches se trouvent dans un restaurant à Bagdad. A leur demande, les Allemands se rendent sur les lieux et confirment la présence d’une série de Mercedes officielles. « Douze minutes » plus tard, le bombardement américain fait au minimum douze morts. Le pilote et Reiner M., un des agents de BND, obtiendront par la suite une décoration américaine.

Inutile de dire que l’opposition politique crie au scandale. Les libéraux du FDP et l’extrême gauche du Linkspartei exigent une commission d’enquête du Bundestag. Les Verts, qui étaient dans la coalition de Gerhard Schröder et se sentent à ce titre obscurément coresponsables, semblent prêts à leur emboîter le pas. Joschka Fischer, leur leader historique, qui était chef de la diplomatie jusqu’en octobre dernier, affirme n’avoir rien su, se déclare « indigné » et demande que la lumière soit faite. Le dernier mot est loin d’être dit.


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