jeudi 14 décembre 2017

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La Suisse et Genève, un havre pour les armées privées ?

Élisabeth Eckert en collaboration avec Frédéric Vormus, TDG.ch

mardi 17 août 2010, sélectionné par Spyworld

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Depuis deux semaines, l’implantation du siège social mondial d’Aegis Defense Services à Bâle secoue la Suisse alémanique et les instances fédérales (lire nos éditions du 16 août 2010). Et pour cause. La britannique Aegis est, avec les américaines DynCorp et surtout Xe Services (ex-Blackwater) l’une des plus importantes armées privées au monde, intervenant principalement en Irak et en Afghanistan grâce à ses 20 000 soldats.

Pour une fois unanimes, la gauche et la droite parlementaire réclament du Conseil fédéral une meilleure surveillance de l’implantation de ces groupes multinationaux, qui se partagent un marché estimé aujourd’hui à quelque 20 milliards de dollars. « Lorsque l’une de ces sociétés ayant son siège en Suisse opère en Irak pour le compte des Etats-Unis, cela pose clairement un problème à notre système de neutralité », affirme ainsi Albert Stahel, professeur en sciences politiques à l’Université de Zurich et expert en affaires stratégiques.

Des contrôles inexistants

Dès lors, la problématique de ces entreprises militaires privées (MPC, en anglais) rebondit avec une acuité toute nouvelle en Suisse. D’autant que le Conseil fédéral est incapable de dire combien de sociétés de sécurité sont implantées ou ont ouvert une représentation dans notre pays. En 2005, le gouvernement avait ainsi refusé de contrôler lesdites sociétés, partant de lier leur implantation à une quelconque autorisation, du moment que leurs activités sur notre sol ne sont qu’administratives.

Mieux : « Selon le Centre for Democratic Control of Armed Forces, basé à Genève, affirmait alors le Conseil fédéral, il n’existe en Suisse que très peu de sociétés de sécurité actives sur des territoires en guerre. Elles sont en outre de très petite taille. »

La SonntagsZeitung vient pourtant de révéler que Genève, à elle seule, comptait trois de ces firmes paramilitaires étrangères sur son sol. La plus importante d’entre elles s’appelle Diligence Global Intelligence SA, installée à Genève en février 2009, rue du Conseil-Général. Il s’agit là de la filiale helvétique du groupe américain Diligence LLC, fondée par Nicholas Day et par d’anciens membres du MI5 et de la CIA. Nick Day a même choisi Genève pour y fixer sa résidence principale.

De l’espionnage privé

Diligence Global Intelligence, si elle n’est pas pourvoyeuse de mercenaires, livre de précieux renseignements économiques et géopolitiques. En clair : une sorte de services d’espionnage privés. Sur son site Internet, on découvre ainsi que « Genève représente un pas décisif dans le développement du groupe », après ses implantations à Londres, Washington, New York et Moscou. Mais encore : « Notre société opère sous les radars. » Pour l’heure, pourtant, Diligence n’a pas gagné beaucoup de mandats en Suisse même ; dans le monde, par contre, la multinationale britannique et ses spécialistes en espionnage ont déjà traité plus de 1000 « projets », dans 75 pays.

On trouve également au bout du lac une filiale du groupe anglais Salamanca, sise au 8, quai du Rhône, et spécialisée dans la protection rapprochée et également dans le renseignement économique. Enfin, un troisième groupe américain, spécialisé dans la formation de polices privées et d’agents de renseignements, New Century, est indirectement présent au bout du lac Léman : « Notre présence à Genève est purement administrative, nous a affirmé hier l’un de ses responsables à Londres. C’est une représentation fiduciaire. » En clair, il s’avère que certains comptes de New Century sont gérés depuis la Cité de Calvin.


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