lundi 23 octobre 2017

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Berlin reconnaît que ses agents ont prêté main-forte au renseignement américain en Irak

Le Monde.fr, avec AFP, Reuters et Deutsche Welle

vendredi 13 janvier 2006, sélectionné par Spyworld

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Vendredi 13 janvier, Berlin a reconnu que des agents des services secrets allemands (Bundesnachrichtendienst, BND) déployés en Irak ont "transmis des informations" en 2003 à leurs homologues américains sur des cibles potentielles.

Les responsables allemands ont tenu à souligner que si ces informations étaient recueillies et transmises, c’était pour éviter que des institutions telles que les écoles, les hôpitaux et les ambassades ne soient prises par erreur pour cibles des frappes américaines, a fait savoir vendredi le gouvernement."Sur la base de la situation particulière" en Irak, a expliqué le porte-parole adjoint du gouvernement, Thomas Steg, les collaborateurs du BND "ont livré leurs propres informations aux services compétents en Allemagne, pour leur permettre d’évaluer la situation". "Dans ce contexte, a-t-il ajouté, sur la base de connaissances spécifiques sur place, ils ont transmis des informations afin que des institutions civiles comme des écoles, jardins d’enfants, hôpitaux, ambassades, ne soient pas par erreur et de manière non intentionnelle les cibles d’attaques." "Ces informations, a-t-il souligné, ont été transmises pour aboutir à un résultat, à savoir que ces institutions ne soient pas attaquées."

Ces déclarations confirment les révélations de la presse allemande, qui a affirmé, jeudi, que les services de renseignement allemands ont apporté leur soutien actif aux troupes américaines en Irak, malgré le refus du gouvernement allemand de s’associer au conflit. Le quotidien Süddeutsche Zeitung et la chaîne publique ARD avaient révélé que deux fonctionnaires du BND étaient restés à Bagdad au printemps 2003 et avaient fourni des informations à l’armée américaine."Ils nous ont apporté un soutien direct. Ils nous ont donné des informations concernant les cibles", a déclaré un ancien responsable du Pentagone cité par la chaîne de télévision NDR. Cet ancien responsable américain a évoqué notamment un raid aérien mené le 7 avril 2003 contre le quartier huppé d’Al-Mansour, à Bagdad, où les Etats-Unis pensaient avoir localisé le président irakien Saddam Hussein. Un agent du BND serait alors allé vérifier, à la demande du renseignement militaire américain, la présence d’un convoi de limousines, pris ensuite pour cible par l’aviation américaine - un raid qui s’étaitt soldé par la mort d’une douzaine de civils.

TEMPÊTE POLITIQUE

Ces révélations ont déclenché une tempête politique en Allemagne. Elles mettent directement en cause l’actuel chef de la diplomatie allemande, Frank-Walter Steinmeir, qui était à l’époque chef de cabinet du chancelier Gerhard Schröder et supervisait à ce titre les services secrets à un moment où le gouvernement allemand avait fait un point d’honneur de ne pas participer à la campagne militaire en Irak aux côtés des Américains. Il est "schizophrène" de penser que l’Allemagne ait pu s’opposer à la guerre en Irak tout en la soutenant "par derrière", a martelé M. Steinmeier, qui s’est dit indigné par ces tentatives de "réécrire l’histoire". De son côté, le BND, après avoir mollement démenti les premières informations, a choisi d’assumer ces opérations qui auraient permis, selon ses responsables, de "sauver des vies".

Estimant qu’une coopération avec les Etats-Unis pour bombarder l’Irak était "une action monstrueuse", l’opposition allemande actuelle, composée principalement de la gauche et des Verts, a réclamé un débat au Bundestag et la constitution d’une commission d’enquête parlementaire.

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L’entrée du BND, ou Service fédéral de sécurité, mis en cause par la presse pour avoir aidé les Américains en Irak (photo prise le 14 avril 2003). (AFP/SEBASTIAN WIDMANN)

Des "révélations" bien utiles à Washington, selon un expert allemand

Un expert des services secrets, Erich Schmidt-Eenboom, a jugé partiellement justifiées les accusations portées contre le BND de servir d’"indicateur" à l’US Army. "Ils ont certainement recueilli des informations sur les sites à ne pas bombarder, comme les écoles ou les ambassades, mais aussi sur ceux qui avaient un véritable intérêt militaire", a-t-il expliqué dans une interview diffusée sur le site Internet de la radio Deutsche Welle. En revanche, cette "collaboration" n’a pas eu lieu de manière directe, mais via la centrale du BND en Allemagne, et recevait "très certainement un aval politique", selon l’expert.

Pour Erich Schmidt-Eenboom, la concomitance de la révélation de cette affaire avec la visite de la chancelière Angela Merkel aux Etats-Unis est également troublante. Il s’agit de "fuites", selon lui, bien organisées de Washington afin de discréditer à la fois les sociaux-démocrates de Gerhard Schröder, qui se sont toujours opposés à l’intervention américaine en Irak, et le gouvernernement actuel d’Angela Merkel, qui a ouvertement critiqué le centre de détention de Guantanamo. "Les Américains veulent que cela soit clair - notamment à la lumière des dernières accusations de torture à l’encontre de la CIA - que l’Allemagne n’est pas aussi sainte-nitouche qu’elle l’affirme, et qu’elle était beaucoup plus engagée en Irak qu’elle l’a laissé entendre."


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