jeudi 14 décembre 2017

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Moscou remet les Mistral français en compétition

Isabelle Lasserre, le Figaro

vendredi 20 août 2010, sélectionné par Spyworld

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En lançant un nouvel appel d’offres, le pouvoir russe compromettrait la négociation en cours pour l’achat des navires français.

La canicule a peut-être failli faire fondre les pavés de la place Rouge, cela n’a pas empêché qu’un courant glacé s’échappe des murs du Kremlin pour refroidir la vente des porte-hélicoptères Mistral, fleurons de la marine française, à la Russie. Moscou a brusquement remis en cause l’achat des navires de guerre français et se prépare à lancer un appel d’offres international et à examiner les propositions concurrentes, notamment celle du sud-coréen Daewoo. Donnée par le quotidien Kommersant, l’information a été confirmée par le holding OSK, qui chapeaute le dossier au sein du pouvoir russe.

Paris et Moscou ont ouvert en mars des « négociations exclusives » concernant la vente de quatre Mistral, des navires capables d’embarquer troupes et blindés et d’abriter un état-major. Un contrat qui permettrait de sauver, pour un temps au moins, les chantiers navals de Saint-Nazaire, partiellement au chômage technique. L’Élysée ne voit pour l’instant « aucune raison de s’inquiéter ». « Les conversations se poursuivent normalement dans un excellent contexte », affirme-t-on à la présidence.

Transfert de technologies de pointe

L’affaire sent pourtant le roussi depuis plusieurs semaines. Russes et Français ont toutes les peines du monde à s’accorder sur le lieu de construction des bâtiments, chaque pays voulant tirer la couverture sur ses chantiers navals. Lors de sa dernière visite à Paris, en juin, le premier ministre russe Vladimir Poutine a conditionné l’achat des navires français à un transfert de technologies de pointe. Le commandant en chef de la marine russe, Vladimir Vissotski, l’a récemment répété : « C’est sans doute la principale condition pour cette transaction. Si cela ne se produit pas, alors il n’y a aucune raison d’aller de l’avant. »

C’est là que le bât blesse. Lorsqu’elle a été annoncée, la vente a provoqué un tollé dans les pays Baltes ainsi qu’en Géorgie, toujours partiellement envahie par l’armée russe depuis août 2008. Tbilissi s’insurge de voir le pays qui avait tout fait pour calmer l’ours russe, à l’époque où Nicolas Sarkozy présidait l’Union Européenne, fournir aujourd’hui des bateaux de guerre à Moscou. Les États-Unis ont également manifesté leurs inquiétudes. Le président français a promis que les bâtiments seraient livrés « sans équipements militaires » à la Russie.

Cet été, Vladimir Poutine a chargé son influent adjoint Igor Setchine du dossier Mistral. Or, le vice-premier ministre, qui dirige aussi la Corporation des chantiers navals (OSK), insiste pour que les navires soient assemblés en Russie. Il est connu pour représenter les segments les plus conservateurs du complexe militaro-industriel, ceux qui pensent que la Russie ne devrait pas acheter ses bateaux de guerre à l’Occident. Il aurait conseillé au ministre de la Défense de choisir un porte-hélicoptères sud-coréen, le Kokdo. « Dans ce cas, la construction du navire sera contrôlée par la Russie. Avec le Mistral, ce sera la France », a affirmé, selon l’agence Interfax, le président d’OSK, Roman Trotsenko.

La seule question laissée en suspens par les dirigeants russes est sans doute la plus importante pour les Français : s’agit-il de pressions destinées à améliorer les termes du contrat avec la France ou bien d’une volte-face diplomatique ?


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