vendredi 15 décembre 2017

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Le jeu de guerre géant des États-Unis en Corée

Sébastien Falletti, le Figaro

vendredi 20 août 2010, sélectionné par Spyworld

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Près de 90.000 soldats américains et sud-coréens sont déployés en mer Jaune dans la crainte de nouvelles provocations de la Corée du Nord, destinées à asseoir l’autorité du dauphin de Kim Jong-il.

Le long du 38e parallèle, au-dessus des eaux disputées de la mer Jaune, les soldats sud-coréens sur le qui-vive ont eu droit à une surprise, lundi, en scrutant le ciel ennemi. Pour la première fois, un drone nord-coréen a fait son apparition sur la ligne de front qui divise les deux Corées depuis 1953. Un petit exploit technologique brandi par l’armée communiste pour afficher sa détermination le jour même où Washington et Séoul démarraient un exercice militaire grandeur nature simulant un conflit avec le Nord, à grand renfort de haute technologie.

Pendant dix jours, 56.000 soldats sud-coréens et 30.000 GI participent à « Ulchi Freedom Guardian », un jeu de guerre géant qui vise également à déjouer une attaque terroriste lors du prochain sommet du G20, à Séoul, en novembre. Après les manœuvres menées par le porte-avions nucléaire USS George Washington au large de la péninsule, fin juillet, c’est une nouvelle démonstration de force militaire qui vise à dissuader Pyongyang. Objectif : empêcher une nouvelle provocation, après le torpillage de la corvette sud-coréenne Cheonan, qui avait fait 46 morts en mars, en mer Jaune.

Succession en coulisse

Des manœuvres dénoncées comme une opération d’invasion par l’armée nord-coréenne, qui a menacé de riposter en infligeant « la plus sévère punition » aux forces impérialistes. Déjà, le mois dernier, la propagande avait agité la menace nucléaire, sans suite. Le régime de Kim Jong-il est coutumier de cette rhétorique belliciste, promettant régulièrement de transformer Séoul en « mer de feu ». Mais cette fois-ci, les stratèges américains sont sur le qui-vive car ils estiment que l’attaque contre le Cheonan a ouvert une nouvelle phase d’instabilité qui serait directement liée aux préparatifs de succession de Kim Jong-il. L’Administration Obama craint que le processus de transfert du pouvoir du « Cher Leader » au profit de son troisième fils, Kim Jong-un, qui a débuté en coulisse à Pyongyang, ne conduise à une surenchère militariste et de nouvelles provocations. « J’ai le pressentiment que le fils de Kim doit gagner ses galons auprès des militaires », a déclaré, inquiet, Robert Gates, le secrétaire d’État à la Défense.

Une série de coups tordus

Le chef du Pentagone redoute que l’agression contre le Cheonan ne soit que la première d’une série de coups tordus visant à rallier les militaires à la succession dynastique. Le mois prochain, le régime nord-coréen a convoqué une réunion exceptionnelle pour « élire de nouveaux leaders » : le jeune Kim, âgé d’environ 27 ans pourrait être adoubé officiellement, affirment les experts.

Cette nouvelle grille de lecture a conduit depuis l’été à un raidissement de l’Administration Obama, qui ne croit plus à une relance des négociations sur le nucléaire et compte désormais resserrer l’étau sur Pyongyang sur le plan militaire comme financier. Le 21 juillet, Washington a annoncé des sanctions supplémentaires pour enrayer les trafics du régime.

Une nouvelle ligne dure embarrassante pour la Chine, principal allié du Nord, et qui redoute une déstabilisation d’un régime qui pourrait déclencher un flot de réfugiés sur sa frontière nord-est. « Le désaccord sino-américain sur la Corée du Nord n’a jamais été aussi grand qu’aujourd’hui », estime Shi Yinhong, professeur à l’Université du peuple à Pékin. Les diplomates chinois craignent que la détermination américaine ne pousse Kim Jong-il à la faute. De plus, les généraux chinois sont horripilés par la présence renforcée de l’US Navy dans les eaux bordant l’empire du Milieu. La semaine dernière, l’USS Washington a mené pour la première fois des manœuvres avec la flotte vietnamienne et devrait croiser prochainement en mer Jaune, ignorant les mises en garde de l’Armée populaire de libération. « Obama veut adresser une leçon à la Chine en lui rappelant que les États-Unis ne baisseront pas la garde dans la région », analyse Shi Yinhong.


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