samedi 21 octobre 2017

Accueil du site > Renseignement > France > Otages : les services de renseignements sur la brèche

Otages : les services de renseignements sur la brèche

Georges Malbrunot, le Figaro

vendredi 17 septembre 2010, sélectionné par Spyworld

logo

Confrontée à une recrudescence des prises d’otages, la DGSE s’organise. La traque aux ravisseurs des cinq Français capturés au Niger fait figure de priorité.

« Nous en sommes à cinquante-deux prises d’otages depuis août 2002 », constatait devant nous Erard Corbin de Mangoux, le patron de la DGSE, les services de renseignements extérieurs, en pointe dans les libérations de Français à travers le monde. C’était en mai, avant la capture des cinq employés d’Areva et de Vinci, jeudi matin au Niger.

Près de soixante détentions en huit ans : cela veut dire une nouvelle affaire tous les deux mois ! Alors que d’autres menaces « transversales » clignotent sur les radars, les limiers de la « Piscine », surnom donné au siège de la DGSE, ont l’impression de ne plus s’occuper que de récupération d’otages en Afghanistan, au Sahel, en Colombie ou en Irak. « Même si nous sommes aussi payés pour cette tâche, cela nous détourne de notre cœur d’activité », regrette un cadre des services, qui ajoute : « Notre unité de contre-terrorisme ne fait pratiquement plus que cela. » Deux mois après le tragique dénouement de l’affaire Germaneau, et alors que les deux journalistes de France Télévisions restent détenus en Afghanistan, la DGSE a dû remettre sur pied une « task force » consacrée aux derniers captifs du Niger. « Et pour cela, on doit dégarnir d’autres unités », déplore cet agent.

Quoi qu’il en soit, plusieurs leviers ont, d’ores et déjà, été actionnés dans la traque aux ravisseurs, probablement des hommes liés à la mouvance al-Qaida au Maghreb islamique (Aqmi). D’abord le renseignement technique. « Le satellite Hélios va être programmé sur le nord Niger et le Mali pour observer la zone où ont pu se réfugier les terroristes », précise un autre expert du renseignement. D’autre part, les avions d’observation Bréguet Atlantic ont dû, déjà, certainement décoller de leurs bases de N’Djamena et Dakar. Parallèlement, « les antennes de nos principaux centres d’écoutes téléphoniques ont été réorientées pour intercepter le maximum de données », ajoute cet expert. Mais il faut ensuite renforcer les équipes d’analystes capables de les interpréter. « Or, nous ne les avons pas toujours sous la main », regrette-t-il.

Pression accrue du politique

L’autre versant de la longue traque qui s’amorce concerne le renseignement humain, qui va être renforcé lui aussi, par l’envoi éventuel de militaires, et le redéploiement des Forces spéciales actuellement basées en Mauritanie, mais dans la limite des accords passés avec les autres pays concernés de la région. « Et puis , ajoute l’expert, on va activer nos propres sources » , notamment chez les Touaregs, d’où viendraient certaines complicités avec les djihadistes de l’Aqmi.

Enfin, les services de renseignements locaux sont mis à contribution, mais là aussi la coopération varie d’un pays à l’autre. Elle est excellente avec la Mauritanie mais beaucoup moins bonne avec l’Algérie. Un maillage serré et lourd à gérer. Dans certaines affaires d’otages, le patron de la DGSE imposait une réunion de ses collaborateurs toutes les quatre heures, tandis que sur le terrain, ses hommes devaient être mobilisables « H 24 » , dans le jargon des services.

Un travail dans l’urgence peu prisé par les agents de la DGSE. D’autant qu’en coulisses « le politique nous met la pression, il réclame des résultats » , se souvient un ancien patron de la « Piscine ». « Le problème, renchérit un ancien du service Action, c’est qu’au Sahel, nous sommes sur une zone immense donc très difficile à observer, face à des ravisseurs qui ont su utiliser les dernières rançons payées par les Espagnols pour se procurer des véhicules tout neufs, des GPS et du matériel de vision nocturne. Ils disposent en plus de relais parmi la population du désert, où ils stockent leurs armes et l’essence nécessaire à leurs mouvements. »


Envoyer : Newsletter Imprimer : Imprimer Format PDF : Enregistrer au format PDF PartagerPartager :