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François Fillon : "Les Français doivent mieux connaître les services de renseignement"

Jean Guisnel, Le Point.fr

mardi 28 septembre 2010, sélectionné par Spyworld

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Depuis les origines de la Ve République, et jusqu’à la réforme voulue par Nicolas Sarkozy entrée en vigueur en 2008, les services de renseignement étaient aux ordres du gouvernement. Désormais, le Conseil national du renseignement est présidé par le chef de l’État en personne. Il dispose d’un animateur des services et d’un relais quotidien auprès d’eux en la personne du coordonnateur national du renseignement, l’ambassadeur Bernard Bajolet, physiquement installé à l’Élysée avec une poignée de collaborateurs. Est-ce à dire que le gouvernement n’a plus son mot à dire sur le sujet ? Pas exactement. Tel est le sens du message donné par le Premier ministre François Fillon la semaine dernière, dans un discours prononcé à l’occasion de la première rentrée de l’Académie du renseignement, à Paris. Il y rappelle notamment que l’actuelle organisation marque la fin de "l’hypocrisie", qui ne donnait qu’une apparence de pouvoir au gouvernement, quand toutes les décisions importantes étaient en réalité prises par le président de la République.

Le Premier ministre ne risque pas d’entrer en conflit avec son "patron" sur ce sujet. Son propos se cantonne à l’illustration d’une philosophie générale, quand il confie que "l’action du renseignement est plus que jamais nécessaire. Mais plus que jamais aussi, l’idéal démocratique nous invite à la rigueur déontologique. Entre démocratie et renseignement, l’histoire nous apprend que les relations n’ont pas toujours été sereines". Certes. Mais aucune démocratie ne saurait se priver de sa part d’ombre car, rappelle François Fillon, "le secret a sa légitimité. La transparence absolue est impossible. Elle serait, à la vérité, souvent dangereuse pour les idéaux mêmes au nom desquels on la réclame. Mais nous devons aussi entendre l’exigence éthique exprimée par nos concitoyens, car elle se fonde sur leur désir d’être fiers de leur pays et de leur démocratie". Le Premier ministre revendique donc la nécessité du changement intervenu voici deux ans : "Auparavant, le pouvoir politique n’énonçait pas clairement aux services ses besoins de renseignement, et les services cherchaient et définissaient eux-mêmes leurs propres priorités stratégiques."

De nouveaux dispositifs pour protéger les agents

François Fillon insiste également sur la nécessité pour les services de s’ouvrir sur l’extérieur, et s’en explique devant les professionnels qui lui font face : "Il ne s’agit pas de porter atteinte au secret dont vous avez besoin pour travailler et que vous avez le devoir de préserver ; mais de faire en sorte que les Français connaissent mieux les services de renseignement, sachent mieux quelle est leur contribution à leur sécurité quotidienne, et soient plus nombreux à vouloir servir dans leurs rangs. Bref, il faut qu’ils soient conscients de ce que vous faites, il faut qu’ils soient rassurés, parce que vous travaillez dans un cadre juridique clair et sûr, il faut en un mot qu’ils soient fiers de leurs services de renseignement et de ceux qui y servent." Et le Premier ministre de revendiquer néanmoins des progrès dans le sens de l’ouverture : "Les journalistes, les chercheurs, les historiens doivent pouvoir, plus que cela n’a été le cas, travailler sur le monde du renseignement. C’est utile pour la société française, c’est utile pour les services eux-mêmes."

Mais ce discours a aussi été l’occasion d’annoncer des nouveautés concernant les dispositions légales visant à protéger l’usage d’une identité d’emprunt ou d’une fausse qualité par des agents, pour certaines missions de renseignement. François Fillon souligne par ailleurs que le statut des supérieurs de la DGSE vient de faire l’objet d’une réforme importante : "L’élément le plus visible est le recrutement d’une partie des nouveaux administrateurs de la DGSE directement à la sortie de l’ENA. Au-delà de la seule DGSE, cette mesure est un signal de la revalorisation du renseignement dans notre société." Conclusion : Fillon n’est pas le chef, mais il en connaît un rayon.


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2 Messages de forum

  • Sur quels critères évaluera-t-on le "besoin d’en savoir" de ceux, écrivains, journalistes, chercheurs, etc., qui auront à cœur de publier sur le sujet ? Sur l’impact potentiel de leur projet sur la conscience collective ? Quelles garanties pour éviter la manipulation ou l’instrumentalisation ?

  • Recruter directement en sortie de l’ENA, un progrès ? Plutôt une régression. Quand on connait leur propension à sortir le parapluie en cas de problèmes ou bien à ne suivre que des schémas ou des filières très précis on peut s’inquiéter des futures prise de décisions (même si cela existe déjà à la Piscine).

    Mais il est vrai la France ne jure que par les grandes écoles et les diplômes ; la diversité d’un parcours rencontrant plutôt la méfiance. Dommage !