dimanche 17 décembre 2017

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L’Allemagne va mettre fin au service militaire obligatoire

Patrick Saint-Paul, le Figaro

mercredi 29 septembre 2010, sélectionné par Spyworld

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La coalition au pouvoir est parvenue à un accord malgré la réticence de l’opinion.

Les principaux respon­sables des trois partis formant la coalition de centre droit dirigée par Angela Merkel sont tombés d’accord pour mettre fin au service militaire outre-Rhin. La CDU, sa sœur bavaroise, la CSU, et les libéraux du FDP doivent officialiser leur décision lors des congrès de leurs partis début novembre. En réussissant à surmonter les réticences de son parti, la CSU, le ministre de la Défense, Karl-Theodor zu Guttenberg, étoile montante de la droite allemande, s’est attiré les louanges des médias et confirme son statut de favori à la succession de Merkel.

Guttenberg a lancé le débat sur la suppression de la conscription, cet été, en invoquant la crise financière et la décision du gouvernement d’imposer à la Bundeswehr 8,3 milliards d’euros d’économies sur quatre ans. Il juge que l’Allemagne a besoin d’une armée plus petite, plus efficace et capable de mener des opérations plus diverses. Il préconise une armée de métier, à l’instar de la plupart des autres pays européens, avec une réduction des effectifs de 250.000 à 165.000 militaires. Les élus de la majorité souhaitent maintenir les effectifs entre 180.000 et 190.000 hommes afin que la Bundeswehr puisse continuer de remplir pleinement ses missions, notamment sur les théâtres d’opérations étrangers.

Créée dix ans après la fin de la Seconde Guerre mondiale pour contrecarrer la menace soviétique, la Bundeswehr demeure une armée de blindés. Celle-ci est plus à l’aise pour manœuvrer dans les plaines européennes que pour opérer sur les pitons afghans, où sont déployés quelque 4500 soldats allemands. La fin de la conscription s’inscrit dans une ­vaste réforme de la Bundeswehr. Guttenberg s’est heurté à la réticence des conservateurs, pour lesquels la défense de la patrie par ses jeunes constitue toujours une valeur essentielle. Pour désamorcer leur colère, le ministre de la Défense et la chancelière ont décidé de « suspendre » le service plutôt que de le supprimer.

Sur la base du volontariat

L’opinion publique voit dans la conscription une garantie du maintien de la démocratie. Selon un sondage de l’institut Emnid, 43% des Allemands sont en faveur de sa suppression et 51% sont contre. Guttenberg souligne qu’elle ne concerne que 16% des jeunes gens d’une même classe d’âge. Plus de 50 % des appelés sont réformés pour raisons médicales. Le service a été réduit à six mois, une durée insuffisante pour former un soldat, selon les experts. Par ailleurs, l’armée continuera à recruter quelque 7500 jeunes par an, sur la base du volontariat, pour des périodes de 12 à 23 mois. Les Allemands, marqués par l’époque nazie et l’image de ses castes d’officiers, restent attachés à l’idée du « soldat-citoyen », selon Detlev Buch (Institut allemand de politique internationale et de sécurité). « Il s’agit d’une longue tradition et plus de 10 millions d’Allemands ont fait leur service », explique-t-il.

Désormais, la CDU et la CSU ne s’opposent que sur les modalités du maintien d’un service civil. Quelque 20% des appelés choisissent d’effectuer ce type de service instauré dans les années 1960 pour les objecteurs de conscience, par exemple comme aide-soignant dans des maisons de retraite.


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