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P.O.lice du ciel

jeudi 13 janvier 2005, sélectionné par Spyworld

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Depuis les événements du 11 septembre 2001, de nombreux pays ont mis en place ou renforcé leur défense pour qu’un tel scénario ne se reproduise pas. Pour l’armée de l’air française, cette mission importante incombe au commandement de la défense aérienne et des opérations aériennes. Découvrons ensemble les multiples facettes de ce commandement et son organisation.

Dans une lettre adressée à son ministre des Armées, le 26 novembre 1958, le général De Gaulle définit les consignes d’ouverture du feu dans l’espace aérien national en temps de paix :

" J’ai décidé que les forces de défense aérienne françaises ou sous commandement français peuvent faire usage de leurs armes, en temps de paix, dans l’espace aérien national, contre un avion n’obtempérant pas à des sommations réglementaires. Il s’agit là d’une directive de Gouvernement dont l’application incombe aux Chefs militaires intéressés. "

Affichée sur les murs des bureaux du commandement de la défense aérienne et des opérations aériennes (CDAOA), sur la base aérienne 921 de Taverny, la missive du général de Gaulle montre déjà en 1958 une vision très moderne de la défense aérienne. À cette période, la menace soviétique retient toute l’attention. C’est pour cela qu’une structure solide de défense aérienne existe et que l’Otan possède des centres de d’opérations et de nombreux radars. La France partage cette détection avec ses alliés. C’est la guerre froide, tout le monde regarde au cap 090 (l’Est) en attendant " la horde ". Puis, le bloc soviétique s’écroule en 1989. À partir de ce moment, la défense aérienne n’a plus d’adversaire clairement désigné dans l’espace aérien national. Dans les opérations extérieures, cette mission reste encore déterminante, la première guerre du Golfe et les opérations aériennes dans les Balkans l’ont montré.

" La date fatidique du 11 septembre 2001, relate le général de corps aérien Jean-Patrick Gaviard, commandant le CDAOA, change les données de la défense aérienne. Le monde entier découvre qu’un aéronef civil, entre des mains terroristes, peut être utilisé en tant qu’arme. "

Le secrétariat général pour la Défense nationale, situé au niveau interministériel, prend en compte le problème et cherche une réponse avec la participation active de l’ensemble des ministères. Des zones d’interdiction temporaires (ZIT) sont ainsi définies, la première d’entre elles est positionnée à La Hague, un objectif potentiel. Le survol de ces zones est interdit dans un cylindre de cinq kilomètres de rayon et de 1 000 mètres d’altitude, et les aéronefs évoluant à proximité sont étroitement surveillés. Actuellement, les ZIT activées sont au nombre de 37 et de nouvelles pourront être créées en fonction des besoins. " Nous avons mis en place un certain nombre de moyens pour répondre à cette nouvelle menace terroriste, explique le général Gaviard. Notamment, en augmentant le nombre d’avions de chasse en alerte, en positionnant des hélicoptères pour traiter les aéronefs lents et en améliorant nos capacités de détection radar. "

La défense aérienne moderne repose sur trois principes fondamentaux : l’anticipation, la flexibilité et le renseignement. Pour prendre en compte une menace constituée d’aéronefs pouvant parcourir 18 kilomètres en un minute, il faut la détecter au plus loin, parfois au-delà de ses frontières. Pour anticiper et assurer une détection optimale, la France est divisée en cinq zones sous la responsabilité des centres de détection et de contrôle de Lyon, de Drachenbronn, de Tours, de Mont-de-Marsan et de Nice. Ces centres reçoivent les informations de tous les radars du maillage français. Sur l’ensemble de la détection obtenue (plus de 10 000 aéronefs survolent le territoire français chaque jour), ne sont suivis particulièrement que les plots identifiés comme douteux, suspects ou hostiles. Le centre de conduite des opérations aériennes (CCOA), pilier central du CDAOA, est le point de fusionnement de toutes ces informations. " Nous pouvons visualiser une détection dans un carré de 5 000 km de côté, assure le colonel Hervé Vourc’h, commandant le CCOA. Ce carré peut être déplacé pour obtenir la situation dans une zone particulière. " Dans le poste de commandement enterré du CCOA, le général Gaviard, haute autorité de défense aérienne (HADA), prend les décisions de sa compétence et rend compte au gouvernement. Afin d’assurer la continuité de la mission 365 jours par an et 24 heures sur 24, ce dernier délègue sa fonction à huit officiers du grade de colonel ou de général à tour de rôle. Face à une menace qui prend de l’ampleur, il donne les ordres. Des hélicoptères et des avions de chasse sont mis en place pour assurer la police du ciel et effectuer les mesures actives de sûreté aérienne. Le cas échéant, la HADA peut également mettre à contribution des avions de combat en mission d’entraînement dans une zone proche de l’aéronef à contrôler.

" Cela va bien au-delà des douze avions que l’on met en alerte, explique le général Gaviard, car si des pilotes de combat s’entraînent dans la région de Limoges et qu’un avion " douteux " passe dans la zone, on arrête l’entraînement et le CCOA demande au pilote d’effectuer une mesure active de sûreté aérienne. "

Certains pays et certaines compagnies aériennes font l’objet d’une étroite surveillance. C’est le résultat de l’analyse du Renseignement. Cette recherche d’information est un point clé dans le processus de sûreté aérienne. Avec près de 10 000 vols par jour, il est impossible d’affecter un appareil d’alerte à chaque avion. Tous les plots radars ne peuvent pas être contrôlés. Il faut donc choisir certains critères, et filtrer à partir d’indices divers (suivent-ils leur plan de vol, de quel pays proviennent-ils, quelle est leur compagnie aérienne ?).

" Si j’ai de bons renseignements m’informant que telle compagnie n’est pas fiable ou que tel pays comporte un risque, déclare le général Gaviard, le CCOA utilise une classification spéciale pour permettre une surveillance accrue de l’aéronef. Si l’on sait qu’au départ de l’avion, il y a eu des lacunes dans la sécurité aéroportuaire, il nous faut alors redoubler de vigilance et observer tout particulièrement ces avions. "

Depuis la fin de l’année 2003, le CDAOA participe au comité interministériel du Renseignement (CIR). Toutes les instances du Renseignement y sont représentées. Cela permet d’avoir une connaissance plus approfondie en matière de sûreté aérienne. Le personnel de la cellule Renseignement (A2) du CDAOA se rend au CIR et relève les informations touchant la sûreté aérienne.

Le 22 décembre 2003, aux alentours de 23 h 00, le téléphone sonne entre de hauts responsables français et américain. L’information de la forte probabilité d’une menace d’action terroriste pesant sur des avions civils en provenance des États-Unis et au départ de la France pour ce pays est clairement annoncée. À partir de ce moment, la réaction du CDAOA ne se fait pas attendre. Elle se traduit par une rapide montée en puissance du dispositif de sûreté aérienne. Ouverture d’un terrain d’arraisonnement, renforcement des six PO par trois avions supplémentaires, mise en alerte d’un avion radar E3F et d’un C 135 FR ravitailleur... Tout ce dispositif est resté en place jusqu’au 5 janvier ! " Ce n’est qu’un repositionnement, une montée en température, rappelle le commandant du CDAOA. Notre flexibilité et notre réactivité nous permettent de faire face à ces situations ponctuelles ! "

Les moyens mis en œuvre, la flexibilité, l’anticipation et la capacité d’obtenir des informations sont pour le CDAOA autant de moyens de dissuasion contre d’éventuels terroristes.

Qui dit CDAOA dit aussi opérations aériennes. Dans le cadre de ces opérations aériennes, depuis le 1er janvier 2003, un état-major opérationnel, l’EMO air, a été créé. C’est le deuxième pilier du CDAOA. Il est structuré en neuf cellules de A1 à A9 (voir tableau) au standard Otan. Grâce à cette structure, en miroir avec le centre de planification et de conduite de l’état-major des armées, le CPCO, le travail gagne en efficacité. Le général d’armée Henri Bentégeat, chef d’état-major des armées, a en charge la globalité des opérations. Ainsi, dès qu’il s’agit de planifier, la cellule A5 de l’EMO travaille en relation avec la cellule J5 du CPCO.

Le troisième pilier du CDAOA est le centre d’analyse et de simulation pour la préparation des opérations aériennes (CASPOA). Cette entité est l’école de formation des personnels armant les centres de commandement et de conduite (C2). Ces C2 sont les chefs d’orchestre d’une campagne aérienne. Ils battent la mesure en planifiant et en conduisant les moyens aériens. Par exemple, pour un type d’opération donné, il faut un nombre déterminé de Mirage 2000, un C 135 ravitailleur et un Awacs. Pour l’été 2005, dans le cadre du contrat qui a été passé entre le général Bentégeat et le chef de l’Otan, la France devra être en mesure de mettre en place un C2 capable de planifier et de conduire 250 sorties aériennes par jour. En cas d’activation, cette structure C2 serait armée par des officiers français, et des officiers provenant d’autres pays de l’Otan. Le CASPOA est chargé de leur formation (chaque année, 500 cours sont dispensés dont 100 pour des étrangers). C’est une école sur laquelle on peut également s’appuyer lorsque qu’un JFAC (Joint Forces Air Component/composante aérienne interarmées) est déployé. Le JFAC de niveau 1 (80 sorties par jour) peut être soutenu par le CASPOA lorsqu’il est projeté.

Photos Sirpa air

- Avion-radar E3F ou Awacs
- Radar Arès de la base aérienne " commandant de Laubier" de Drachenbronn
- Fennec lors de l’opération Bubo à Cayenne


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