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Human Rights Watch critique sévèrement les abus de la "guerre contre le terrorisme"

Philippe Bolopion, le Monde

mercredi 18 janvier 2006, sélectionné par Spyworld

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Le rapport 2006 de l’organisation Human Rights Watch, qui devait être rendu public mercredi 18 janvier, accuse l’administration Bush d’avoir affaibli la défense des droits de l’homme à travers le monde en faisant de la torture et des mauvais traitements "une partie intégrante de sa stratégie antiterroriste".

Selon le document annuel de l’ONG de défense des droits de l’homme, "l’Union européenne aurait pu combler le vide" laissé par la perte de crédibilité et de leadership américain sur ce terrain, mais ne l’a pas fait, en partie en raison "de son désordre institutionnel et de priorités concurrentes".

Dans son réquisitoire contre Washington, Human Rights Watch dit s’appuyer sur de "nouvelles preuves" qui ont, selon l’organisation, "montré que les abus lors des interrogatoires (de détenus) ne se sont pas le fait de quelques soldats de grade inférieur, mais qu’ils sont la conséquence d’une stratégie politique délibérée, élaborée par de hauts fonctionnaires du gouvernement américain".

EXEMPLES DE "DÉRIVE"

Le rapport énumère des exemples de la "dérive" américaine : la menace - jamais mise à exécution - du président Bush d’opposer son veto à une loi interdisant tout "traitement cruel, inhumain et dégradant", les efforts du vice-président Dick Cheney pour exempter la CIA de cette loi, ou encore les propos prêtés au directeur de la CIA, Porter Goss, selon lesquels le "waterboarding", une méthode de torture qui donne à la victime l’impression qu’elle se noie, serait simplement "une technique d’interrogatoire professionnelle".

""Fais ce que je prêche, pas ce que je fais’’ n’est jamais très convaincant", assure en introduction du rapport Kenneth Roth. Selon le directeur de Human Rights Watch, les pays occidentaux, qui ont historiquement été aux avant-postes de la promotion des droits de l’homme, n’ont jamais été "pleinement cohérents avec leurs efforts". Mais aujourd’hui, "la volonté de certains de flouer des principes de droits humains fondamentaux au nom de la lutte contre le terrorisme" est, estime-t-il, "une menace sérieuse à la défense globale des droits de l’homme".

Dans le sillage de Washington, des alliés comme la Grande-Bretagne et le Canada auraient tenté "de se dérober à certaines obligations de protections internationales des plus importantes". Londres est ainsi accusé de "complicité de torture" pour avoir cherché, "en se basant sur des assurances de bons traitements dénuées de crédibilité, à livrer des suspects à des régimes susceptibles de les torturer". Le Canada aurait "cherché à réduire la portée d’un traité proscrivant les disparitions forcées".

L’Union européenne a pour sa part, selon Human Rights Watch, "continué de minimiser l’importance des droits de l’homme dans ses relations avec des Etats jugés utiles dans la lutte contre le terrorisme, comme la Russie, la Chine et l’Arabie Saoudite".

Cette "déficience de leadership de la part des puissances occidentales" a, selon le rapport, donné toute latitude à Moscou et à Pékin pour "jouer un rôle néfaste" et "contracter des alliances économiques, sociales et politiques sans tenir aucun compte des droits de l’homme". Les deux grandes puissances sont par ailleurs accusées, aux côtés de pays comme l’Ouzbékistan, d’utiliser l’argument de la "guerre contre le terrorisme" pour se débarrasser de leurs adversaires politiques.

Pourtant, selon Kenneth Roth, "le combat contre le terrorisme est indissociable du combat pour les droits de l’homme". "Mais justifier, pour mener ce combat, le recours à des pratiques illégales contre des terroristes présumés est tout à la fois maladroit et contre-productif", estime-t-il, car cela ne ferait qu’encourager l’enrôlement des terroristes, tout en handicapant le soutien public aux efforts antiterroristes.

"EXPULSIONS FORCÉES"

Sur 532 pages, le rapport offre par ailleurs un tour du monde des violences en 66 pays : l’Ouzbékistan "a massacré des centaines de manifestants à Andijan", le Soudan "a continué sa "purification ethnique’’ au Darfour", une intense répression s’est poursuivie en Birmanie, en Corée du Nord, au Turkménistan, ainsi qu’au Tibet et dans la région de Xinjiang en Chine ; des atrocités répétées ont été rapportées en République démocratique du Congo et en Tchétchénie ; la Syrie et le Vietnam "ont continué de restreindre les libertés" et le Zimbabwe "a mené des expulsions forcées massives".

Malgré "l’hypocrisie" de certains, les efforts des pays occidentaux ont toutefois, selon Human Rights Watch, porté des fruits en Birmanie et en Corée du Nord. Plusieurs pays en voie de développement auraient aussi joué un rôle positif, comme l’Inde, qui a suspendu l’essentiel de son aide militaire au Népal après le coup d’Etat du roi.

Et comme l’Association des Nations de l’Asie du sud-est (Asean), qui a obligé la Birmanie à abandonner sa présidence en 2006 en raison de ses antécédents en matière de droits de l’homme, ou comme le Kirghizstan, qui a porté secours aux réfugiés du massacre d’Andijan.


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