jeudi 14 décembre 2017

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Espionnage : Les écoutes de Wellington

PAD, Tahitipresse.pf

mercredi 18 janvier 2006, sélectionné par Spyworld

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La levée du secret défense, vingt ans après les faits, a permis à la presse néo-zélandaise de révéler que pendant les années 1985-86, le gouvernement néo-zélandais a utilisé ses puissants dispositifs pour capter les communications de plusieurs États riverains et, au-delà, de la France, de la Chine, du Japon et des Nations-Unies.

L’affaire a été rendue publique ce week-end par le quotidien Sunday Star-Times, qui a simplement eu l’idée d’invoquer la prescription et le domaine public pour se faire révéler par les archives, après accord du gouvernement, le contenu d’un rapport du Bureau de la Sécurité des Communications, jusqu’ici secret. Parmi ces documents, depuis peu transférés au département gouvernemental et public des archives, le rapport concernant l’année 1985, alors que le gouvernement était dirigé par David Lange (décédé il y a quelques semaines).

Balles de golf géantes

Les gouvernements et services vietnamiens, égyptiens, Nord-coréens, soviétiques, argentins, Est-allemands, japonais, philippins, Sud-africains et laotiens n’ont pas été épargnés, selon le compte-rendu du Sunday Star Times. La Nouvelle-Zélande faisait alors partie du dispositif " Echelon ", au sein duquel elle relayait les informations recueillies et transmises, à l’aide d’énormes antennes d’un aspect proche de balles de golf géantes et situées dans le centre de l’île du Nord, sur les sites militaires de Waihopai et Tangimoana (Palmerston North). Dans sa proche région, la Nouvelle-Zélande a ainsi pu participer activement aux écoutes concernant Fidji, Tonga, les îles Salomon, ainsi que " des organisations internationales opérant dans le Pacifique ". Des renseignements (sous forme de conversations téléphoniques sur le réseau local de téléphonie mobile) recueillis par Echelon, via la Nouvelle-Zélande, avaient d’ailleurs pu être exploitées il y a cinq ans et demi, lors du coup d’État de George Speight à Fidji.

Rainbow Warrior

Ces documents contiennent aussi, au milieu d’une douzaine de cartons, un rapport de trente et une pages contenant des traces d’un regain d’activité après l’attentat, en juillet 1985, contre le Rainbow Warrior, navire-amiral de l’organisation écologiste Greenpeace, par les services secrets français. Les rapports, classés " top secret " et " umbra " (pour les documents les plus sensibles et restreints), désignent en particulier des " cibles " désignées sous les termes " Pacifique Sud français, civil, naval et militaire, Antarctique français, civil, mais aussi les navires français croisant dans les eaux néo-zélandaises, et en particulier le voilier " Ouvéa ", qui a servi à acheminer une équipe des services français ayant participé à l’opération. Par d’autres canaux, selon les mêmes sources, les appels de numéros de téléphone à Paris ont aussi été interceptés. La publication de ces informations a suscité l’indignation dans la classe politique locale, y compris de la part du parti des Verts, dont le porte-parole chargé des questions internationales, Keith Locke, a dénoncé ces activités qui, à l’époque, avaient été effectuées en collaboration avec les services américains. " En tout cas en ce qui concerne le Pacifique, il y aurait au moins quelques questions à poser au sujet de l’utilisation qui a pu être faite de ces renseignements ", a-t-il déclaré. " Surtout quand on sait que la Nouvelle-Zélande essaie de se tailler un rôle de partenaire vis-à-vis des États insulaires du Pacifique (...) C’est un peu choquant (...) Mais je suppose qu’il faut se remettre dans le contexte de l’époque, de la guerre froide", a-t-il ajouté. " Je me souviens maintenant d’un voyage que j’ai fait avec une délégation parlementaire et le numéro deux de la Nouvelle-Calédonie nous avait alors sermonné sur la façon dont la station de Waihopai était utilisée pour espionner la Nouvelle-Calédonie. Tout ce que je peux dire, c’est que ces documents ne font que confirmer ", a-t-il ajouté en demandant qu’une commission d’enquête soit ouverte. Les mêmes documents, publiés par le quotidien, révèlent également les tensions venues de Washington lorsque la Nouvelle-Zélande a adopté, quelques années plus tard, une politique anti-nucléaire impliquant une interdiction d’escale pour tout navire militaire à propulsion nucléaire. Cette position avait de facto remis en question le pacte militaire tripartite " ANZUS " (Australie, Nouvelle-Zélande, États-Unis), mais aussi l’accord qui sous-tend le système Echelon, conclu entre l’Australie, la Nouvelle-Zélande, les États-Unis, mais aussi le Canada et le Royaume-Uni.


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