dimanche 22 octobre 2017

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Livre : Alain Chouet, l’espion qui aimait son métier

Jean Guisnel, Le Point.fr

vendredi 15 octobre 2010, sélectionné par Spyworld

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Alain Chouet n’est pas un espion comme les autres. La preuve : il ne rejette pas cette appellation que ses collègues détestent, lui préférant le terme d’"officier de renseignement", "espion" n’étant bon que pour le cinéma, les romans de gare et, pis encore, la presse.

Un rejet qui prouve en fait que notre pays a un problème avec le renseignement, les services qui le cherchent, et les hommes qui s’en chargent. Dans un petit livre à la lecture fort plaisante, Alain Chouet souligne ainsi que "la France n’aime pas les espions, les agents secrets et les services spéciaux. Pas tant ceux des autres - car l’homme du Mossad, de la CIA, du KGB ou de l’Intelligence Service fascine - que les siens, qu’elle traite au mieux par la dérision ou le mépris, au pire par la méfiance et le rejet".

S’affranchir de la légalité

Qu’on ne s’y méprenne pas : spécialiste du monde arabo-musulman, arabisant émérite ayant passé trente ans à la DGSE qu’il a quittée en 2002 après avoir dirigé le Service de renseignement de sécurité chargé de la lutte antiterroriste, de la contre-criminalité et du contre-espionnage à l’étranger, l’auteur est tout le contraire d’un aigri. Il n’écrit ni pour régler des comptes, ni pour révéler des secrets. Ce qu’il veut, c’est faire comprendre pourquoi une démocratie comme la France a autant besoin de ses espions que des autres fonctionnaires. Non pour organiser une "saine émulation sportive" entre serviteurs de l’État, mais parce que ce dernier doit "pouvoir s’affranchir, à l’occasion et s’il en est besoin, de la légalité intérieure ou extérieure ou de [ses] engagements internationaux". Eh oui ! "Le renseignement se recueille en violant ou en faisant violer la loi des autres." Qu’on se le dise, "c’est donc ne rien comprendre que d’accuser les services secrets de faire ’dans l’illégalité’. Bien sûr qu’ils font ’dans l’illégalité’. Ils ne font même que cela. C’est leur vocation et leur raison d’être".

Faire sauter les verrous

Alain Chouet apporte ici la preuve qu’on peut être passionnant sans jeter à tous vents les secrets de famille. Car quand il raconte la relation entre l’officier traitant et sa "cible", on comprend non seulement qu’il sait de quoi il parle, mais aussi quelle passion l’a animé durant ses années d’activité, les pieds dans la glèbe : "Une histoire d’espionnage, c’est d’abord la rencontre entre deux êtres humains, dont l’un, dans une démarche délibérée et calculée, va prendre sur l’autre l’ascendant qui lui permettra de le dominer, le contrôler, le piloter, l’amener à donner, voire à offrir ses plus ténébreuses confidences, ses plus précieux secrets, tout ce que sa conscience, ses coutumes, ses lois, lui prescrivent de garder au plus profond de lui-même."

Il ne faudrait pas croire que tout soit rose dans cet univers inaccessible. Alain Chouet raconte par exemple comment, à la fin des années 1990, il a fait ouvrir une porte qui séparait deux parties de la "maison". On l’a regardé, écrit-il, "comme si je faisais procéder à une ouverture sacrilège du Saint-Sépulcre". Car, de ce côté-ci de l’huis verrouillé, se trouvaient les héritiers du service de renseignements de l’armée de l’armistice de 1940, restée fidèle au Maréchal. Quand de l’autre côté se trouvaient les successeurs du BCRA gaulliste... Ce bref ouvrage est à lire, pas seulement pour tous ceux qui voudraient entrer dans le monde cruel du renseignement. Il est plein d’humour, bien écrit, sans prise de tête. C’est l’ouvrage d’un homme qui a passionnément aimé son métier, et qui veut partager cette affection.

Alain Chouet, La Sagesse de l’espion, aux éditions L’oeil neuf, 109 pages, 13,50 euros


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