lundi 16 octobre 2017

Accueil du site > Renseignement > France > Le renseignement policier se met aux techniques de pointe

Le renseignement policier se met aux techniques de pointe

Jean-Marc Leclerc, Le Figaro

vendredi 14 janvier 2005, sélectionné par Spyworld

Dominique de Villepin voulait marquer de son empreinte le monde du renseignement. Son ambition se concrétise sous la forme d’un Centre des technologies de la sécurité intérieure (CTSI), fer de lance de la police pour le développement et l’acquisition de matériels de pointe au profit notamment de la DST, des RG, du Raid ou de la PJ.

Acheter ou concevoir les micros et les caméras pour confondre terroristes et trafiquants internationaux, déjouer les cryptages, mettre finalement toutes les chances de son côté pour lutter contre un ennemi insaisissable, comme dans l’affaire du chantage à la bombe du mystérieux groupe AZF, telle est la mission assignée à cet organisme que le directeur de cabinet du ministre, Pierre Mongin, a discrètement porté sur les fonts baptismaux la veille de Noël.

Cette agence technologique emménagera bientôt dans des locaux neufs près de Versailles sur le site du Centre de recherches et d’études logistiques de la Police nationale, qu’elle absorbe en même temps que le service de modernisation et de prospective du ministère de l’Intérieur. Elle devrait d’ailleurs être dirigée par le patron de ce service, Jean-Claude Menault, placé dans un premier temps à la tête d’une soixantaine d’ingénieurs, de techniciens et de policiers de haut niveau, qui seront bientôt rejoints par des spécialistes de la gendarmerie et des douanes. Son adjoint devrait être choisi parmi les ingénieurs généraux de l’armement.

La Délégation générale de l’armement a servi de modèle au ministre de l’Intérieur, soucieux de voir se développer dans la police une véritable culture de l’ingénierie et de la gestion de programme, à l’image de ce qui se pratique depuis longtemps dans les armées. « On ne peut pas laisser les services bricoler chacun dans leur coin une même technique d’investigation alors que les coûts de développement explosent à mesure que progresse la technologie », explique l’un des promoteurs du projet. L’heure est donc à la mutualisation des moyens. Les services expriment leurs besoins. Le centre technologique centralise, passe commande et diffuse.

Mais pas question de toucher à la sous-direction de la logistique de la DST, avec ses 3 millions d’euros de budget annuel. « Mutualiser ne veut pas dire vulgariser certaines techniques sophistiquées qui relèvent exclusivement des services du renseignement et notamment du contre-espionnage », prévient un homme du sérail.

Quoi qu’il en soit, le CTSI annonce déjà des « actions de recherche » portant sur « des technologies non disponibles actuellement sur le marché, comme la détection et la compréhension de contenus vidéo issus de différents types de sources (TV, moyens de surveillance, drones, reconnaissance au sol) ». Il est notamment habilité à passer des contrats avec les entreprises publiques ou privées pour développer des matériels.

Ses trois petits millions d’euros de budget de lancement ne sont rien au regard des sommes qu’il pourrait être amené à gérer. Car son cahier des charges mentionne expressément qu’il devra « proposer un grand projet industriel susceptible de d’être cofinancé par l’Agence de l’innovation industrielle voulue par le président de la République ». Le CTSI sera bientôt destinataire d’une partie des fonds du programme européen de recherche en sécurité que la Commission européenne envisage de porter à près d’un milliard d’euros par an.

Un expert des RG l’affirme : « Grâce à ce centre, le renseignement en France va changer de dimension. » « A condition qu’il sache toujours investir sur les sources humaines », conclut un haut responsable, instruit de l’échec américain du 11 septembre 2001.


Envoyer : Newsletter Imprimer : Imprimer Format PDF : Enregistrer au format PDF PartagerPartager :