mercredi 18 octobre 2017

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Défense : Londres réduit ses dépenses, pas ses ambitions

Nicolas Madelaine, les Echos

jeudi 21 octobre 2010, sélectionné par Spyworld

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David Cameron, le Premier ministre britannique, va réduire le budget de la défense de 8 % sur les quatre prochaines années. 42.000 emplois seront supprimés.

La Grande-Bretagne aura-t-elle demain les moyens de mener une guerre d’envergure comme en Irak en 2003 ou aux Malouines dans les années 1980 ? Rien n’est moins sûr. David Cameron, le Premier ministre britannique, entend certes rester un allié robuste, mais il a annoncé hier une réduction de 8 % sur les quatre prochaines années du budget de la défense du Royaume-Uni. C’est moins que les 20 % demandés par le Trésor (voir page 9). Mais le ministère de la Défense, qui a hérité d’un trou de 38 milliards de livres, va devoir supprimer 42.000 emplois, dont 17.000 militaires sur un total de 275.000 personnes. Les commandes de milliers d’équipements vont passer à la trappe et certains programmes majeurs seront sévèrement retouchés.

A l’image des deux futurs porte-avions, dont la construction est estimée à 5 milliards de livres, David Cameron aurait bien aimé en sacrifier un tout de suite, d’autant qu’ils cadrent mal avec les nouvelles priorités stratégiques définies lundi par le pays : terrorisme, lutte contre les attaques informatiques, pandémies ou crises entre Etats. Le Premier ministre a finalement dû se résigner à honorer le contrat, quitte à ce que la coalition au pouvoir s’attire de nombreuses critiques.

Et pour cause ! Tout à la nécessité de faire des économies, la Navy va mettre à la retraite son unique porte-avions en service -le « HMS Ark Royal », avec trois ans d’avance, ainsi que les 80 avions de combat Harrier qui servent à bord. Et pour la relève il faudra attendre puisque le « Prince of Wales » n’entrera en service, au mieux, qu’en 2019 (lire ci-dessous). Du coup, Londres ne pourra pas déployer de porteavions dûment équipé d’aéronefs pendant dix ans !

Même bancals, ces arbitrages auront au moins le mérite de permettre aux avions américains et français d’apponter et de décoller du futur bâtiment. Le « Prince of Wales » va en effet subir un sérieux lifting pour adopter la façon de faire des deux alliés les plus proches du Royaume-Uni.

Un engagement de 2 % du PIB

David Cameron a par ailleurs décidé de retarder la décision d’investissement dans les sous-marins portant les missiles de dissuasion nucléaire Trident après les prochaines élections. Il s’agit de l’un des programmes les plus coûteux des prochaines années pour la défense britannique. En attendant, la Grande-Bretagne pourra utiliser ses Vanguard jusqu’à 2028, a rassuré le Premier ministre. L’armée de terre verra ses tanks et son artillerie lourde réduits de 40 % tandis que la moitié des soldats stationnés en Allemagne rentreront au Royaume-Uni en 2015. La flotte de destroyers et de frégates va passer de 23 à 19 unités. Le programme d’avion de surveillance de nouvelle génération Nimrod, qui a déjà coûté 3,6 milliards de livres et était considéré comme un des instruments importants de dissuasion, a été purement annulé, du fait de ses surcoûts abyssaux.

Malgré toutes ces coupes, David Cameron a assuré à Barack Obama que la Grande-Bretagne resterait « un allié robuste » et entendait rester une puissance militaire mondiale. Le pays entend respecter son engagement pris dans le cadre de l’Otan de consacrer 2 % de son PIB à la défense. En Bourse, l’action BAE a gagné hier 2 % mais celle de Babcock, un spécialiste des services aux armées, a perdu 5 %. Il faudra un peu de temps avant que le marché digère ces nouvelles.


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