vendredi 20 octobre 2017

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Avec l’affaire des colis piégés, Al-Qaida pour la péninsule Arabique revient sur le devant de la scène

Gilles Paris, Le Monde

lundi 1er novembre 2010, sélectionné par Spyworld

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La découverte vendredi 29 octobre de colis piégés à destination des Etats-Unis en provenance du Yémen a ramené sur le devant de la scène Al-Qaida pour la péninsule Arabique (AQPA), "franchise" de la nébuleuse terroriste implantée dans ce pays instable qui compte parmi les plus pauvres au monde. AQPA a été constitué au début de l’année 2009 par le regroupement de djihadistes yéménites et saoudiens.

Les premiers sont les héritiers des combattants enrôlés autrefois en Afghanistan contre les troupes soviétiques. Ils ont pu bénéficier par le passé de la bienveillance du régime d’Ali Abdallah Saleh, qui préside le Yémen unifié depuis 1990, après douze ans passé à la tête de la République du Yémen (ancien Yémen du Nord). Le président Saleh a souvent été accusé de manipuler à son profit un radicalisme islamiste très composite (issu des Frères musulmans comme du salafisme), comme ce fut le cas lors de la brève guerre de sécession du Sud, en 1994, lorsque les anciens "Afghans" conduits par Tareq Al-Fahdli firent le coup de feu aux côtés des forces régulières contre les anciens socialistes.

Ce radicalisme est cultivé aujourd’hui dans l’école religieuse Al-Iman du cheikh Abdel Majid Al-Zindani. Côté occidental, la détermination du président yéménite à éradiquer les groupes djihadistes a été souvent source d’interrogations, comme après l’évasion spectaculaire de membres d’Al-Qaida d’une prison de Sanaa, en 2006, dont l’actuel dirigeant d’AQPA, Nasser Al-Wahichi.

Les djihadistes saoudiens, pourchassés impitoyablement dans le royaume depuis les attentats de 2003 et de 2004, ont trouvé pour leur part au Yémen une base de repli commode, compte tenu de l’incapacité dans laquelle se trouvent les autorités de Sanaa, confrontées à une rébellion larvée dans le nord et à des tensions séparatistes dans le sud, à contrôler leur territoire. AQPA compte à sa tête de nombreux Saoudiens, dont Said Al-Chihri, un ancien de Guantanamo, et Mohammed Al-Oufi. L’artificier mis en cause par les Etats-Unis pour les colis piégés du 29 octobre est également saoudien.

BILAN MODESTE

Les Etats-Unis constituent une cible pour les djihadistes installés au Yémen depuis une décennie et l’attaque, en 2000, contre un bâtiment de guerre battant pavillon américain, le Cole, dans le port d’Aden. L’attentat, qui avait fait 17 morts, avait été revendiqué par Al-Qaida. L’envoi raté de colis piégés à destination d’institutions juives de Chicago s’inscrit manifestement dans une stratégie visant à attirer Washington sur un théâtre d’opération particulièrement difficile.

Les Etats-Unis ont cependant écarté à de nombreuses reprises la perspective d’un déploiement militaire, même si les forces spéciales américaines collaborent sur le terrain avec le régime yéménite. Cette coopération s’est notamment traduite au cours des derniers mois par le bombardement de bases supposées d’AQPA et par des tirs de drones contre ses responsables présumés et contre un prédicateur radical américain d’origine yéménite, Anouar Al-Aulaqi, réfugié au Yémen.

Près de deux ans après sa création, le bilan d’AQPA reste cependant très modeste : la découverte des colis piégés intervient après deux opérations ratées, contre un avion à destination de Detroit, en décembre 2009, et contre le chef du contre-terrorisme saoudien, trois mois plus tôt.


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