vendredi 15 décembre 2017

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"Protéger nos intérêts vitaux"

Jacques Chirac, président de la République

jeudi 19 janvier 2006, sélectionné par Spyworld

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C’est un réel plaisir de me retrouver aujourd’hui parmi vous, à l’île Longue. Je suis heureux de pouvoir rencontrer les femmes et les hommes, militaires et civils, qui participent à l’accomplissement d’une mission fondamentale pour notre indépendance et notre sécurité : la dissuasion nucléaire.

La création d’une force nationale de dissuasion a constitué, pour la France, un véritable défi qui n’a pu être relevé que par l’engagement de tous. Elle a imposé de mobiliser toutes les énergies, de développer nos capacités de recherche, de trouver des solutions innovantes à de nombreux problèmes. La dissuasion nucléaire est ainsi devenue l’image même de ce qu’est capable de produire notre pays quand il s’est fixé une tâche et qu’il s’y tient.

Je tiens ici à rendre hommage aux chercheurs et ingénieurs, du CEA et de toutes les entreprises françaises, qui nous permettent d’être toujours en pointe dans des secteurs vitaux comme les sciences de la matière, la simulation numérique, les lasers, et notamment le laser Mégajoule, les technologies nucléaires et celles de l’espace. Je veux prolonger cet hommage à tous ceux qui soutiennent, d’une façon ou d’une autre, nos forces nucléaires : personnel de la DGA, cadres et ouvriers des sociétés et groupes industriels, gendarmes du contrôle gouvernemental, militaires de toutes les armées.

Mais mes pensées vont bien sûr en premier lieu aux équipages des composantes océanique et aéroportée qui, en permanence, dans la discrétion la plus totale, assurent la plus longue et la plus importante des missions opérationnelles. J’ai fixé un taux de posture exigeant qui correspond aux besoins de sécurité de notre pays. Je sais quelles contraintes il impose. On parle rarement de vous, mais je veux saluer votre valeur et votre mérite. La permanence de la posture de dissuasion, remarquablement tenue depuis quarante ans, est en soi un éloge.

Je tiens à associer vos familles à cet hommage, et tout particulièrement les familles des équipages de sous-marins. Je mesure combien les patrouilles opérationnelles représentent d’éloignement, de solitude, et parfois de souffrances.

Mesdames, Messieurs, cette mission, vous l’effectuez dans un environnement en constante mutation.

Avec la fin de la guerre froide, nous ne faisons actuellement l’objet d’aucune menace directe de la part d’une puissance majeure.

Mais la fin du monde bipolaire n’a pas fait disparaître les menaces contre la paix. Dans de nombreux pays se diffusent des idées radicales prônant la confrontation des civilisations, des cultures et des religions. Aujourd’hui, cette volonté de confrontation se traduit par des attentats odieux, qui viennent régulièrement nous rappeler que le fanatisme et l’intolérance mènent à toutes les folies. Demain, elle pourrait prendre d’autres formes, encore plus graves, impliquant des Etats.

La lutte contre le terrorisme est l’une de nos priorités. Nous avons pris un grand nombre de mesures pour répondre à ce danger. Nous continuerons sur cette voie, avec fermeté et détermination. Mais il ne faut pas céder à la tentation de limiter l’ensemble des problématiques de défense et de sécurité à ce nécessaire combat contre le terrorisme. Ce n’est pas parce qu’une nouvelle menace apparaît qu’elle fait disparaître toutes les autres.

Notre monde est en constante évolution, à la recherche de nouveaux équilibres politiques, économiques, démographiques, militaires. Il est caractérisé par l’émergence rapide de nouveaux pôles de puissance. Il est confronté à l’apparition de nouvelles sources de déséquilibres : le partage des matières premières, la distribution des ressources naturelles, l’évolution des équilibres démographiques notamment. Cette évolution pourrait être cause d’instabilité, surtout si elle devait s’accompagner d’une montée des nationalismes.

Certes, il n’y a aucune fatalité à voir, dans le futur, la relation entre les différents pôles de puissance sombrer dans l’hostilité. C’est d’ailleurs pour prévenir ce danger que nous devons oeuvrer à un ordre international fondé sur la règle de droit et la sécurité collective, un ordre plus juste, plus représentatif. Que nous devons aussi engager tous nos grands partenaires à faire le choix de la coopération plutôt que celui de la confrontation. Mais nous ne sommes à l’abri ni d’un retournement imprévu du système international ni d’une surprise stratégique. Toute notre Histoire nous l’enseigne.

Notre monde est également marqué par l’apparition d’affirmations de puissance qui reposent sur la possession d’armes nucléaires, biologiques ou chimiques. D’où la tentation de certains Etats de se doter de la puissance nucléaire, en contravention avec les traités. Des essais de missiles balistiques, dont la portée ne cesse d’augmenter, se multiplient partout dans le monde. C’est ce constat qui a conduit le Conseil de sécurité des Nations unies à reconnaître que la prolifération des armes de destruction massive, et de leurs vecteurs associés, constituait une menace pour la paix et la sécurité internationale.

Enfin, il ne faut pas ignorer la persistance des risques plus traditionnels d’instabilité régionale. Ils existent partout dans le monde.

Mesdames, Messieurs,

Face aux crises qui secouent le monde, face aux nouvelles menaces, la France a toujours choisi, d’abord, la voie de la prévention, qui demeure, sous toutes ses formes, le socle de notre politique de défense. S’appuyant sur le droit, l’influence et la solidarité, la prévention passe par l’ensemble des actions de notre diplomatie qui, sans cesse, s’efforce de dénouer les crises naissantes. Elle passe aussi par toute une gamme de postures relevant des domaines de la défense et de la sécurité, au premier plan desquelles se trouvent les forces repositionnées.

Mais ce serait faire preuve d’angélisme que de croire que la prévention, seule, suffit à nous protéger. Pour être entendu, il faut aussi, lorsque c’est nécessaire, être capable de faire usage de la force. Nous devons donc disposer d’une capacité importante à intervenir en dehors de nos frontières, avec des moyens conventionnels, afin de soutenir ou de compléter cette stratégie.


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